COBERGHER, Wenceslas

(COEBERGHER, KOEBERGER) (Wenzel, Vincenzo)
Anvers, vers 1560 - Bruxelles, 1634


Peintre, architecte, ingénieur, numismate, archéologue, financier et, à partir de 1627, seigneur de Cobergher, Sint-Antheunis et Groenlandt dans les Moëres. Wenceslas Cobergher, l'"uomo universale" de la contre-réforme dans les Pays-Bas, commença sa carrière comme élève de M. de Vos à Anvers. En 1580, il se trouvait déjà à Naples : il se lia successivement avec ses compatriotes C. de Smet et J. Francart et trouva de quoi vivre en peignant des retables, une activité qu'il aurait poursuivie avec succès à Rome, à partir de 1597. Grandissante, sa renommée parvint aux oreilles des archiducs Albert et Isabelle; en 1604, Cobergher revint définitivement dans les Pays-Bas pour entrer à leur service. En décembre 1609 il fut nommé officiellement architecte-ingénieur à la cour de Bruxelles. Il s'imposa comme un des fondateurs du style baroque en architecture - l'exemple le plus connu est l'église Notre-Dame de Montaigu (1609-1621) - et joua par ailleurs un rôle important dans l'histoire culturelle des Pays-Bas en contribuant à la fondation de différents monts-de-piété, calqués sur le modèle des "monti di pietà" italiens. Il collabora aussi aux opérations de drainage de la région des Moëres (une terre marécageuse située aux confins actuels de la Belgique et de la France), une entreprise qui lui valut d'obtenir son titre de noblesse. Après son retour dans les Pays-Bas, Cobergher se consacra peu à la peinture; la plus grande partie de ses œuvres se trouve en Italie. Sa première œuvre documentée date de 1590 : il s'agit d'une composition symétrique, d'une grande simplicité, représentant "La Vierge et l'Enfant apparaissant à saint Thomas d'Aquin, sainte Catherine de Sienne et sainte Catherine d'Alexandrie" (Naples, ch. S. Caterina a Formiello). On a voulu voir dans cette œuvre, postérieure de dix années à la collaboration avec C. de Smet, l'influence de ce dernier : un style traditionnel et accessible, adapté au faible sens artistique de son public. La "Nativité" (1592, Burgos, egl. S. Maria de la Vid), une partie d'un grand retable que le vice-roi d'Espagne de l'époque, don Juan de Zuñiga, avait commandé à différents artistes napolitains, témoigne davantage des possibilités réelles de l'artiste. La "Résurrection" (1593, Naples, ch. S. Dominico Maggiore) et l'"Allégorie de l'année sainte" (1594, Naples, ch. S. Pietro ad Aram) - de sobres compositions caractérisées par l'attention prêtée à la musculature humaine et la prédilection pour les couleurs orange et rouge - trahissent l'évolution de l'artiste vers des formes plus raffinées. La "Crucifixion" (vers 1594/1596, Naples, S. Maria in Piedigrotta - dans la même église se trouvent également une "Résurrection de Lazare" et un "Ecce homo" attribués à Cobergher) représente un moment de la Passion inhabituel dans l'iconographie, en exploitant son contenu psychologique : le Christ est montré au moment où les bourreaux s'apprêtent à le clouer sur la croix. Au-dessus de lui, l'un en face de l'autre, les deux larrons endurent leur supplice. L'œuvre la plus connue de Cobergher, le "Saint Sébastien" (1598, Nancy, M.B.A.) qu'il peignit à Rome, est un exemple caractéristique de son style. Retable commandé par la gilde des archers d'Anvers, l'œuvre se signale par sa composition centrifuge - différentes scènes de la vie du saint sont représentées sur différents plans -, par le soin accordé aux jeux d'ombre et de lumière et par la délicatesse de la touche. De tendance moins classique que O. Vaenius, moins dramatique que P.P. Rubens, Cobergher a été considéré comme un des derniers maniéristes. Pareil jugement ne tient guère compte des étonnantes variations que l'artiste applique aux schémas éculés de composition et fait peu de cas des passages d'une grande clarté à l'intérieur d'une même œuvre. Ces caractéristiques se retrouvent également dans la "Mise au tombeau" (1605, Bruxelles, M.R.B.A.B.) et la "Légende de la sainte Croix" (1605, Anvers, St-Jakobskerk). Il reste, en tout cas, que Cobergher fut considéré de son vivant comme un grand maître et qu'il continua d'être fort apprécié jusqu'au XVIIIe siècle.

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