CAMPIN, Robert
Valenciennes ?, vers 1375/1378 - Tournai, 1444
Peintre hennuyer mentionné à de nombreuses reprises dans les archives de Tournai, Robert Campin y apparaît comme un bourgeois honorable, électeur des magistrats en 1423 et marguillier de sa paroisse Saint-Pierre en 1428, bien que sa participation aux luttes corporatives contre les patriciens lui ait valu une condamnation, en 1429. L'acquisition de propriétés prouve son aisance financière et il jouit de hauts appuis, comme le montre l'intervention en sa faveur de la comtesse de Hainaut, lors d'une condamnation pour adultère en 1432. Doyen de la corporation des peintres, en 1423, il dirige un important atelier où il s'entoure de nombreux assistants et il accueille même parmi ses élèves tournaisiens le Gantois Hennekin de Stoevere. Toutefois, les textes d'archives de 1406 à 1444 parvenus jusqu'à nous le mentionnent uniquement comme décorateur, doreur, peintre de bannières ou de blasons, parfois chargé de la polychromie de statues ou de peintures murales (l'une pour l'église des Saints-Piat-et-Eleuthère et l'autre, représentant la "Famille royale de France", entourée de divers personnages, pour la Halle des jurés, en 1428) sans oublier le dessin d'une "Vie de saint Pierre" qu'Henri Beaumetiel devait peindre sur toile. Selon la plupart des historiens d'art, R. Campin ne serait autre que le Maître de Flémalle, initiateur, avec J. van Eyck, de la peinture des "Primitifs flamands", mais cette hypothèse est sérieusement mise en doute par d'autres auteurs. En 1427, R. Campin avait accueilli comme apprentis "Rogelet" de le Pasture et "Jacquelote" Daret qui accédèrent à la maîtrise, en 1432, sous les prénoms de Roger et de Jacques. M. Génard assimila, en 1856, ce Rogelet de le Pasture au grand Rogier van der Weyden, peintre officiel de la ville de Bruxelles et natif de Tournai. En 1898, H. von Tschudi découvrit deux mains dans l'œuvre attribué à ce dernier : il lui laissa les tableaux plus dépouillés, où se lisent davantage le pathétique et la tendresse, et proposa pour auteur des peintures plus archaïques et plus anecdotiques le Maître de Flémalle, baptisé du nom d'une hypothétique abbaye, située près de Liège, d'où seraient venues des pièces maîtresses de son œuvre, le volet du "Mauvais larron", celui de la "Trinité" qui, à l'origine, était au revers de "Sainte Véronique" et le panneau de la "Vierge allaitant" (Francfort, Städel). L'identification du Maître de Flémalle est l'une des plus controversées de l'histoire des "Primitifs". La notice qui lui est consacrée rappelle les principales dates des archives de Tournai et de celles relatives à Rogier de le Pasture/van der Weyden qui furent interprétées de manière contradictoire par les historiens d'art. La plupart soutiennent, comme l'avait proposé G. Hulin de Loo, en 1909, que les affinités entre l'œuvre du Maître de Flémalle et celui du grand Rogier van der Weyden ne peuvent s'expliquer que par une relation de maître à élève, et que le célèbre anonyme n'est autre que Robert Campin. Cette hypothèse serait encore corroborée par la parenté des peintures de Jacques Daret et de Rogier de le Pasture/van der Weyden, condisciples dans le même atelier. D'autres, au contraire, estiment que les archives relatives à Campin, malgré leur nombre, ne lui attribuent jamais aucun des tableaux du Maître de Flémalle. La seule œuvre documentée de Robert Campin est une "Annonciation" (1406/1407) faisant partie des peintures murales de l'église Saint-Brice à Tournai, découvertes après les bombardements de 1940. Selon certains auteurs, elle est trop ruinée pour permettre des comparaisons stylistiques, selon d'autres, elle accuse une manière toute différente du Maître de Flémalle. Ce dernier représentait d'ailleurs, sur ses œuvres, des monuments d'architecture bien plus bruxellois que tournaisiens. Enfin, rien ne prouve, selon ces mêmes historiens d'art, que Rogier de le Pasture/van der Weyden ait commencé un apprentissage assez tardif, à 27 ou 28 ans, alors qu'il était déjà marié (à une Bruxelloise, de surcroît) et père d'au moins un enfant. Selon ces mêmes auteurs, le "Rogelet de le Pasture" entré en apprentissage chez R. Campin serait un homonyme du peintre officiel de la ville de Bruxelles et plus aucun lien n'existerait, dès lors, entre l'artiste de Tournai et le Maître de Flémalle. Les études stylistiques menées par R. Didier replacent l'œuvre de ce dernier dans le milieu bruxellois. Partisans et adversaires de ces hypothèses se sont parfois affrontés avec une passion à laquelle des idéologies linguistiques et politiques n'étaient pas étrangères, surtout dans les années 1930-1940 (l'équation Robert Campin = le Maître de Flémalle faisant de Tournai l'un des berceaux de l'art flamand). L'on se souviendra surtout de la bataille écrite entre J. Destrée et E. Renders qui ne connaîtra d'ailleurs ni vainqueur, ni vaincu.
Redacteur
- Lievens - de Waegh, Marie-L
Collecties
- Kerk Sint-Brice (Doornik)
Bibliografie
- P. Rolland, Quelques textes relatifs à Robert Campin, in Rev. B.A.H.A., II, 1932, pp. 49-57; Les Primitifs tournaisiens. Peintres et sculpteurs, Bruxelles-Paris, 1932, pp. 25-41, 56-57, 62-70.
- E. Renders et F. Lyna, Deux découvertes relatives à Van der Weyden, in G.B.A., 6e pér., IX, 1935, pp. 130-134.
- M. Davies, National Gallery Notes. III. Netherlandish Primitives: Rogier van der Weyden and Robert Campin, in The Burlington Magazine, LXXI, 1937, pp. 140-145.
- T.H. Feder, A Reexamination through Documents of the first fifty Years of Roger van der Weyden's Life, in The Art Bulletin, XLVIII, 1966, pp. 416-426.
- M.S. Frinta, The Genius of Robert Campin, La Haye-Paris, 1966.
- M.J. Friedländer, E.N.P., II, 1967.
- L. Campbell, Robert Campin, the Master of Flémalle and the Master of Mérode, in The Burlington Magazine, CXVI, 1974, pp. 634-638, 646.
- P.H. Schabacker, Notes on the biography of Robert Campin, in Mededelingen van de Kon. Acad. voor Wetenschappen, Letteren en Schone Kunsten van België, Klasse der Schone Kunsten, XLI, 2, 1980, pp. 1-14.
- R. Didier, Le milieu bruxellois et le problème Flémalle.
- de le Pasture/van der Weyden, in Le problème Maître de Flémalle-van der Weyden. Le dessin sous-jacent dans la peinture. Colloque III, 1979, Louvain-la-Neuve, 1981, pp. 9-26.
- J.P. Sosson, Les années de formation de Rogier van der Weyden (1399/1400. - 1435): relecture des documents, in ibidem, Louvain-la-Neuve, 1981, pp. 37-42.
- J. De Coo, Robert Campin. Vernachlässigte Aspekte zu seinem Werk, in Pantheon, XLVIII, 1990, pp. 36-53; Robert Campin, Weitere Vernachlässigte Aspekte zu seinem Werk, in Wiener Jb. für Kunstgeschichte, XLIV, 1991, pp. 79-105.