VERMEYEN, Jan Cornelis

(Jan VERMAY, Jean DE MAY, Juan DEL MAYO, Johannes MAIUS, MAJUS, Jan met den baard)
Beverwijk (Haarlem), 1500 ? - Bruxelles, 1559 ?


Peintre d'histoire, de compositions religieuses, de paysages, de scènes de genre et essentiellement de portraits. Cartonnier de tapisseries et graveur d'eau-forte. Ses dates de naissance et de mort nous sont fournies par C. van Mander (1604) qui les a peut-être adaptées à celles de Charles Quint, au service duquel travailla Vermeyen. L'apprentissage de ce dernier est mal connu. Se basant sur l'analyse stylistique du seul tableau signé de l'artiste et le plus ancien connu jusqu'à ce jour, la "Sainte famille" (Haarlem, Frans Hals Mus.), certains critiques ont émis l'hypothèse que Vermeyen fut l'élève de J. Gossart à Utrecht, d'autres qu'il fut formé chez l'artiste utrechtois J. Van Scorel (dont Van Mander précise qu'il fut un ami) (K. Steinbart, G. Hoogewerff), d'autres encore qu'il passa dans l'atelier de B. van Orley (H.J. Horn). La plupart des chercheurs s'accordent toutefois à déceler dans la "Sainte famille", qui trahit un goût indéniable pour le romanisme, une relation étroite avec l'oeuvre de Van Scorel (N. Dacos, J. Bruyn), même si certains y voient plutôt l'influence de Gossart (H.J. Horn). Vers 1525 (H.J. Horn) ou 1527 (N. Dacos), Vermeyen se mit au service de Marguerite d'Autriche à Malines. Il y exerça avant tout ses qualités de portraitiste. Après avoir peut-être participé en Espagne aux décorations pour le mariage de Charles Quint et Isabelle de Portugal en 1526, il se rendit en 1529 à "La paix des Dames" à Cambrai où il réalisa le portrait d'une des filles de Madame de Vendosme et l'année suivante à la Diète d'Ausbourg et à Innsbruck afin de peindre la famille impériale à la demande de Marguerite. A la mort de celle-ci en 1530, Vermeyen devint le peintre officiel de Marie de Hongrie. Trois ans plus tard, l'artiste lui adressa une pétition afin de se voir rembourser le matériel qu'il avait dû se procurer pour dix-neuf portraits. Parmi ceux-ci, le portrait du "Cardinal Erard de la Marck" (Amsterdam, Rijksmus.), dont H.J. Horn se demande s'il ne devait pas être le pendant de la "Sainte famille" de Haarlem. La pétition faisait, en effet, mention de deux portraits du cardinal avec une madone. Appellé par Charles Quint, l'artiste partit peu après pour l'Espagne, peut-être en même temps que l'humaniste Jean Second, qui quitta Malines en 1533 et arriva à Barcelone le 2 juillet de la même année. En 1534, Vermeyen était à Avila, comme en témoigne le dessin que fit l'artiste d'un combat de taureaux qui y fut donné en présence de l'empereur (coll. priv.) et un au plus tard, il s'embarqua en qualité de peintre de cour avec toute la suite impériale pour la prise de Tunis. Après le siège de la ville, qui prit fin en août 1535, on ignore ce que devint Vermeyen jusqu'en 1539, date à laquelle il était à nouveau en Espagne pour assister au "Juego de Canas" que Charles Quint fit organiser en l'honneur de son épouse, Isabelle de Portugal, alors enceinte (voir le tableau à Lowich, coll. Stopford Sackville et son dessin préparatoire à Paris, Louvre). Certains critiques suggèrent (H.J. Horn) que l'artiste suivit l'empereur dans son voyage en Italie jusqu'en Espagne, alors que d'autres (N. Dacos) sont également enclin à penser que l'artiste fit un séjour en Italie mais fut de retour aux Pays-Bas au plus tard le 26 mai 1536 afin de recevoir du Conseil de Brabant le monopole des gravures de l'expédition de Tunis, monopole renouvelé en 1538. C'est au cours de ce séjour italien que Vermeyen put se familiariser avec l'art de Michel-Ange dont on sent l'influence dans ses oeuvres ultérieures. En Espagne, l'artiste se rendit probablement à Grenade où il conseilla Julio Aquiles et Alejandre Mayner pour les peintures murales d'une des chambres privées de la reine Isabelle à l'Alhambra, la Tocador, qui célèbrent la bataille de Tunis. Après 1539, Vermeyen rentra sans doute avec Charles Quint aux Pays-Bas et s'installa définitivement à Bruxelles. C'est alors qu'il dut exécuter les cartons de tapisseries de "Vertumne et Pomone" et des "Fructus Belli" ainsi que ses plus belles gravures, dont le "Bordel espagnol" et "Vénus et Cupidon", datés de 1545. C'est à cette époque également qu'il réalisa les douze cartons de tapisseries (dix d'entre elles sont conservées aujourd'hui à Vienne, Kunsthist. Mus.) d'après les croquis et dessins retraçant la campagne et la bataille de Tunis pour Marie de Hongrie avec laquelle il avait passé un contrat en 1546. De cette période tardive, peu de tableaux sont connus. L'artiste réalisa plusieurs portraits pour la noblesse, notamment pour la famille Tour et Taxis, ainsi que certaines oeuvres religieuses telle que le "Triptyque de la famille Micault" (Bruxelles, M.R.B.A.B.), que la critique date des environs de 1548. Mise à part la "Sainte famille" d'Haarlem et quelques dessins et gravures, la majorité des oeuvres octroyées à Vermeyen ne sont ni signées ni datées. L'attribution ainsi que la chronologie de son oeuvre sont donc essentiellement basées sur une analyse stylistique approfondie. Alors que les tableaux de jeunesse appartiennent au courant romanisant proche d'un J. van Scorel, d'un J. Gossart ou d'un B. van Orley, l'art de Vermeyen acquiert rapidement un caractère plus personnel. Se tournant vers l'école de Leyde, le peintre développe dès le début des années 1530 des effets lumineux contrastés où seules des chandelles éclairent les protagonistes rappellant l' "Adoration des bergers" de Aertgen van Leyden ("la Sainte famille", Vienne, Kunsthist. Mus.; les "Noces de Cana", Amsterdam, Rijksmus.; les deux gravures représentant "L'agonie" et "La mort de Marguerite d'Autriche", Londres, Brit. Mus.). Mais c'est plus encore dans ses portraits que l'artiste a su se forger un art qui lui est propre. Les cartons de tapisseries du siège de Tunis constituent toutefois le sommet de son oeuvre. Ayant parfaitement assimilé la leçon de Raphaël (ses cartons de tapisseries pour les "Actes des apôtres" étaient arrivés en 1517 à Bruxelles) ainsi que celle de Michel-Ange, Vermeyen y traite les différents épisodes avec un sens épique sans complaisance et avec un sens de l'observation qui font de ces cartons un témoignage unique pour l'époque.

Redacteur

Collecties