BROUWER, Adriaen
Audenarde 1605/1606 - Anvers, 1638
Peintre de scènes de genre et de paysages. La rareté des données biographiques exactes concernant A. Brouwer a, depuis longtemps, engendré des légendes à son sujet. Au XVIIe siècle, le biographe Isaac Bullart en fait un personnage marginal, qui ne se serait pas intégré dans la société. Des recherches récentes ont montré que cette image repose sur un cliché rhétorique bien connu selon lequel l'œuvre du maître serait le reflet de sa mentalité. L'œuvre de Brouwer, en effet, pour une grande part, représente des paysans à l'allure rustique ou d'autres types populaires, buvant, jouant, se livrant à des excès, grossiers de comportement. Ces peintures sont, en fait, la métaphore de comportements humains fâcheux, une sorte de code éthique en images dans lequel le bourgeois du XVIIe siècle pouvait voir se refléter ses propres conceptions morales. Né, peut-être, à Audenarde, Brouwer se trouve à Amsterdam en 1626; ensuite, il gagne Haarlem où il a des contacts avec les rhétoriqueurs locaux. Il figure en qualité de maître dans les registres de la gilde de Saint-Luc à Anvers de l'année 1631/1632, ce qui constitue le plus ancien témoignage connu de son retour aux Pays-Bas méridionaux. A Anvers, Brouwer contracte des dettes ce qui, peut-être, lui a valu d'être emprisonné un certain temps. Selon une pratique courante chez d'autres peintres, il tente d'apurer ses dettes en donnant des peintures à ses créanciers; ce serait une explication possible du grand nombre de ses œuvres que possédait P.P. Rubens. Son intérêt pour les activités littéraires des rhétoriqueurs persiste à Anvers où il est membre des Violiere.L'interprétation stylistique de l'œuvre de Brouwer se complique du fait que seuls quelques tableaux portent son nom ou son monogramme et qu'aucun des tableaux qui lui sont attribués n'est daté. De plus, seules quelques œuvres peuvent être associées à des moments précis de son existence. Ainsi, le fait que certaines peintures portent au dos une marque au fer rouge anversoise permet de les situer après le retour de Brouwer dans la métropole. D'autre part, une certaine parenté avec l'œuvre datée d'artistes contemporains permet de déterminer, avec circonspection, des éléments de chronologie. On peut, avec quelque réserve, diviser en quatre phases l'évolution stylistique de cette œuvre élaborée en douze années seulement. L'aspect saillant de ses premiers tableaux, vers 1625-1626, s'apparente à une technique que l'on retrouve aussi dans l'école de Haarlem entre 1620 et 1630, à savoir un ensemble de tons locaux multicolores avec des accents dominants de rouge et de rose alliés à un traitement empâté de la couleur. Dans ces œuvres figurent au premier plan, de manière caractéristique, des groupes compacts de personnages caricaturaux, bruegeliens. Dans des scènes d'intérieur telles que la "Fête paysanne" (Zürich, Kunsthaus, Fond. Ruzicka) ou "Paysans ivres" (La Haye, Mauritshuis), on aperçoit combien ces compositions sont peu intégrées à l'espace environnant. Il en va de même pour "Dispute au jeu de cartes" (La Haye, Mauritshuis), un tableau de plein air du début de la carrière de Brouwer. Des figures gesticulent avec violence devant un paysage qui n'a qu'un rôle de décor, à l'arrière-plan. Dans ses œuvres ultérieures, toujours exécutées à Haarlem, entre 1627 et 1630 environ, on remarque encore de forts accents de tons locaux. Cependant, l'effet multicolore a fait place à une tonalité crème, assourdie. Quant au traitement pictural d'abord uniforme et empâté, il s'est mué en un véritable modelé des figures. Les personnages sont, de plus, mieux intégrés dans l'espace. La construction diagonale et la percée à travers l'arrière-plan renforcent une impression de structure spatiale cohérente, organique. L'unité de composition et l'effet de concentration que l'artiste a désormais atteints résultent aussi de la diminution du nombre de personnages, limité à de petits groupes, homogènes dans les attitudes et les expressions. Enfin, la lumière assourdie détermine une atmosphère dans laquelle les personnages et l'environnement paraissent se fondre organiquement. Cette composition concentrée, sorte d'"instantané", s'inspire sans aucun doute des structures analogues dont procèdent les représentations d'assemblées galantes de la même époque, dues au pinceau d'artistes de Haarlem tels que Dirck Hals. Les scènes de Brouwer semblent en être des variantes populaires. On peut avancer en effet qu'à Haarlem, Brouwer a fondamentalement renouvelé le genre des scènes paysannes bruegeliennes aux figures nombreuses et très colorées. On les retrouvait jusqu'au XVIIe siècle aussi bien dans le Nord que dans le Sud des Pays-Bas, sous le pinceau de R. Savery, de D. Vinckboons, de P. II Bruegel et des frères A. et J. Grimmer. Le rôle de Brouwer a été de les remplacer par de sobres tableaux d'intérieur représentant quelques figures dans une composition dense et spatialement bien structurée. Ils peuvent à juste titre être tenus pour la symbiose de la conception bruegelienne désuète et d'un genre nouveau, celui des assemblées bourgeoises, joyeuses et galantes à Haarlem. Deux œuvres de Brouwer conservées à l'ancienne pinacothèque de Munich - le "Chirurgien de village" et "Rixe de paysans dans une auberge" - sont parmi les exemples les plus caractéristiques de sa seconde période. Lorsqu'en 1631 Brouwer vint se fixer à Anvers, il importait en même temps le style réaliste et simple que la Hollande avait inventé pour ses scènes de genre et que les Pays-Bas méridionaux ne connaissaient pas encore. D'ailleurs, les œuvres anversoises de Brouwer telles que "Soldats jouant aux dés dans une auberge" ou "Paysans jouant aux cartes dans une auberge" (Munich, A. Pin.) se caractérisent par une simplification de la palette où dominent les bruns et les gris verts qui font ressortir quelques accents de rouge et de jaune.Au cours des dernières années anversoises surtout, soit à partir de 1636 environ, une prédilection s'affirme pour des figures plus proches, au premier plan et souvent à mi-corps. Elles sont exécutées sur des tableaux de format plus grand et aussi à plus grande échelle. C'est grâce à cela que, dans des peintures comme l'"Opération du dos" (Francfort, Städel), le "Gros homme" (La Haye, Mauritshuis) ou "Paysans se battant près d'un tonneau" (Munich, A. Pin.), Brouwer atteint à une expression directe et, peut-être, répond au goût du public anversois pour une représentation à forte charge émotive. L'expressivité de ces œuvres tardives est accentuée par le trait de pinceau devenu remarquablement libre au cours de ces années. Cette façon de peindre, si caractéristique des tableaux de genre de la dernière époque de Brouwer, se retrouve dans ses paysages qu'il exécute dans le cours des dernières années anversoises. Le caractère atmosphérique de peintures telles que "Paysage de dunes au clair de lune" et "Paysage avec joueurs de quilles" (Berlin, Staatl. Mus.), s'apparente au style des paysages contemporains de Rubens.
Redacteur
- Vlieghe, Hans
Collecties
- Rubenshuis (Antwerpen)
- Staatliche Museum zu Berlin (Berlijn)
- Städel (Frankfurt am Main)
- Staatliche Kunsthalle (Karlsruhe)
- Mauritshuis (Den Haag)
- Alte Pinakothek der Bayerischen Staatsgemäldesammlungen (München)
- Metropolitan Museum (New York)
- Louvre (Paris)
- Museum Boijmans-van Beuningen (Rotterdam)
- Kunsthalle (Zürich)
- Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België (Brussel)
Bibliografie
- G. Knuttel, Adriaen Brouwer. The Master and his Work, La Haye, 1962.
- M. Klinge, Adriaen Brouwer, David Teniers the Younger. A Loan Exhibition of Paintings, cat. exp. gal. Noortman et Brod, New York/Maestricht, 1982.
- H. Scholtz, Brouwer Invenit, Marburg, 1985.
- K. Renger, Adriaen Brouwer. Seine Auseinandersetzung mit der Tradition, in Jb. preussischer Kulturbesitz, 1986, pp. 253-282; Adriaen Brouwer und das niederländische Bauerngenre 1600-1660, Munich, 1986.