VAN EYCK, Hubert

Maaseik ?, vers 1366 ? - Gand, 1426


Depuis les publications de E. Renders (1933 sq.) l'existence de Hubert van Eyck fut mise en doute par différents auteurs. Selon ce point de vue, Hubert serait une création des Gantois de la seconde moitié du XVIe siècle et du début du XVIIe qui, ainsi, prétendaient situer le berceau de l'art flamand à Gand et non à Bruges où Jan van Eyck s'était fait une réputation. Cette vision est cependant indéfendable. Hubert est bien effectivement le frère aîné de Jan, Lambert et Margaretha van Eyck. Selon le rhétoriqueur gantois Lucas d'Heere et l'historien Marcus van Vaernewyck (seconde moitié du XVIe siècle), il est né à Maaseik et ce dernier avance la date approximative de 1366. L'origine mosane est incontestée. On associe à Hubert divers documents d'archives, les uns de manière hypothétique, d'autres avec une sérieuse marge de sécurité. A la première catégorie appartiennent un paiement du chapitre de l'église Notre-Dame à Tongres au "magister Hubertus pictor", en 1409, ainsi que le testament de Jan de Visch van der Capelle, seigneur d'Axel (1413), par lequel il lègue une œuvre d'un maître Hubert à sa fille Maria, bénédictine. Quelques mentions plus tardives qui situent Hubert à Gand sont mieux fondées. Sur ordre des échevins de Gand, "meester Luberecht" exécute, en 1424/1425, deux projets pour un retable peut-être destiné à la maison des échevins et, en 1425/1426, ils paient un pourboire aux assistants de "meester Ubrecht" lors d'une visite à son atelier à l'occasion, peut-être, de la visite du retable en question. A Gand encore, par son testament du 9 mars 1426, Robert Poortier décide de faire transférer à la Heilige Kerstkerk un retable représentant saint Antoine qui se trouve encore dans l'atelier de "meester Hubrechte den scildere". Toutes ces données concernent évidemment la même personne : Hubert van Eyck. Le nom même de Hubert, peu usité à Gand, peut être l'indice de son origine étrangère. La pierre tombale de Hubrecht van Eyck vient corroborer ces faits; elle est actuellement conservée au lapidarium de l'abbaye Saint-Bavon mais elle provient du transept de l'ancienne église Saint-Jean (l'actuelle cathédrale Saint-Bavon). Une inscription gravée sur une plaque de cuivre aujourd'hui disparue mais qui était scellée dans cette pierre, situe au 18 septembre 1426 la date de son décès. Le texte en est connu par deux transcriptions indépendantes l'une de l'autre : celle de Marcus van Vaernewyck (1568) et celle de Christiaan van Huerne (entre 1616 et 1621). L'avis de quelques auteurs selon lesquels cette inscription funéraire aurait été une contrefaçon du XVIe siècle est démenti par des témoignages anciens, à savoir ceux de l'humaniste Hieronymus Münzer de Nuremberg qui visita Gand en 1495 et de Lucas d'Heere (1559) attestant tous deux la présence du tombeau dans ladite église. De plus, à la date de décès indiquée, des droits de succession ont été payés par des héritiers de Lubrecht van Heyke qui n'habitaient pas Gand. Cette indication d'archives concorde avec les mentions de la plaque funéraire. Il y a aussi un quatrain qui fut découvert en 1823 sur les cadres du revers de l'"Agneau mystique" (Gand, cath. Saint-Bavon) à l'occasion d'un nettoyage; il y avait été inscrit lors de la consécration du retable le 6 mai 1432 et ainsi était lié à la fondation du commanditaire Judocus Vijd. Il témoigne que "pictor Hubertus Eeyck" commença ce polyptyque mais que son frère Jan l'acheva à la requête de Vijd (voir aussi Jan van Eyck). Les tentatives de tenir ce quatrain pour une création du XVIIe siècle ne sont pas crédibles. On connaissait la teneur de ces vers depuis déjà longtemps, comme le rapportent les notes de voyage de Münzer et d'Antonio de Beatis, secrétaire du cardinal Luigi d'Aragona (1517). On peut tenir ce texte pour authentique, tant sur le plan matériel qu'au point de vue de la paléographie et de la linguistique. De plus le contenu s'accorde aux circonstances de 1432, à savoir la fondation par Judocus Vijd d'une messe quotidienne à célébrer dans la première chapelle rayonnante méridionale de l'église Saint-Jean à Gand où l'"Agneau mystique" devait être installé. L'analyse stylistique du polyptyque apporte un dernier argument en faveur de l'authenticité de l'inscription. On y distingue en effet le travail de deux mains différentes. La conception d'ensemble est incontestablement de Hubert ainsi que certaines parties telles que le registre inférieur et les trois personnages principaux à l'intérieur du polyptyque, de même que les personnages de l'Annonciation et les grisailles sur le revers. Sa manière reste archaïsante; elle reflète le style international, celui de M. Broederlam et, pour ce qui concerne le paysage, celui du Maître de Boucicaut. Certains éléments évoquent le Maître de Flémalle, un contemporain. Les compositions, assez plates, sont caractéristiques : le paysage y est encore conçu comme un arrière-fond lointain sur lequel sont appliquées les figures, effet que la perspective à vol d'oiseau du paysage renforce encore. Les personnages principaux se tiennent dans une zone peu profonde. Comportements et gestes sont stéréotypés et répétés. Les drapés et les plissés sont compliqués et produisent un effet décoratif linéaire. Plus tard, lorsqu'il l'achèvera, J. van Eyck apportera des améliorations et une harmonisation par des effets d'ombre et de lumière, par le réalisme du détail et l'accentuation de la profondeur. L'ensemble devient ainsi plus "moderne". Nombre d'historiens d'art se sont efforcés d'attribuer d'autres œuvres à H. van Eyck. Citons, parmi d'autres : "Les trois Marie au tombeau" (Rotterdam, Mus. Boymans-van Beuningen), l'"Annonciation Friedsam", un diptyque avec une "Crucifixion" et un "Jugement dernier" (tous deux à New York, Met.), un "Calvaire" (Berlin, Staatl. Mus.), la "Madone dans l'église" (ibidem) et un "Portement de Croix" connu par une copie des environs de 1530 (Budapest, Szépmüvészeti Muz.). Selon certains, une série de dessins des douze apôtres (Vienne, Albertina) évoque des compositions perdues de Hubert. Mais ces attributions sont sujettes à caution. On pense actuellement à Jan van Eyck ou encore à des épigones anonymes. Seul le panneau des "Trois Marie au tombeau" serait - selon des recherches récentes - une œuvre "eyckienne" précoce. Il faut définitivement écarter l'hypothèse d'une participation de Hubert à la finition du "Livre d'heures de Turin-Milan" (Maître H) (Turin, Bibl. univ., ms. K.I.V. 29 - brûlé en 1904, et Turin, Mus. Civico.).

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