TENIERS, David II
Anvers, 1610 - Bruxelles, 1690
Peintre de scènes de genre et de paysages. Elève de son père David I Teniers, David II devint maître à la gilde de Saint-Luc à Anvers en 1632/1633. Il fut, dès ses débuts, un peintre très productif grâce, en partie, à ses contacts avec le commerce d'art anversois. Ses relations familiales peuvent aussi avoir joué un rôle : il était, en effet, le gendre de J. I Brueghel. Ses scènes paysannes à la manière d'A. Brouwer le rendirent rapidement célèbre. En 1651, Teniers se fixe à Bruxelles où il occupe la charge de peintre de cour de l'archiduc Léopold-Guillaume. Il contribua dans une mesure importante à la constitution de la célèbre collection de l'archiduc tant par ses achats que par l'édition du "Theatrum Pictorum" - le catalogue illustré de la collection. Sa position à la cour de Bruxelles lui valut aussi de bonnes relations avec d'autres souverains européens. Il en vint à mener lui-même un train de vie aristocratique : il acquit à Perk le petit château De Drij Toren et obtint le droit de porter un blason. L'aspect le plus remarquable de la première période de Teniers est sa relation à l'œuvre de Brouwer qui, depuis son installation à Anvers en 1631, avait fondamentalement renouvelé la scène paysanne d'inspiration bruegelienne. Teniers reprit à Brouwer son type de personnages à l'aspect rébarbatif, caricatural, représentés dans la pénombre d'intérieurs enfumés. Tout comme celles de Brouwer, ses peintures sont presque monochromes : les "Fumeurs" (1633, Anvers, K.M.S.K.) et "Paysans buvant" (1634, Karlsruhe, Staatl. Kunsthalle) en sont des exemples parmi les plus caractéristiques. Le lien avec Brouwer est ici tellement étroit que, jusqu'il y a peu, un certain nombre de ses œuvres lui étaient attribuées. On sait, d'ailleurs, par des archives que, dès les années 1630, Teniers exécuta des copies d'après l'œuvre de Brouwer. Cependant, malgré cette proximité stylistique, on distingue déjà un caractère personnel dans les premières œuvres de Teniers. C'est tout particulièrement le cas de la structure de composition qui, comparée à la spontanéité expressive et à l'action dans l'œuvre de Brouwer, témoigne de plus de calcul et d'artifice. A ses débuts toujours, Teniers peignit aussi des tableaux mettant en scène des bourgeois élégants comme "Les cinq sens" (Bruxelles, M.R.B.A.B.). Ce genre de scènes allégoriques avait à Anvers des précurseurs immédiats : F. II Francken et, plus encore, S. de Vos. Dans cette première période, Teniers a peint aussi des paysages principalement habités par de saints ermites; ainsi la "Grotte avec ermite" (Londres, Dulwich College Picture Gall.). Dans ces tableaux, c'est aux conceptions d'artistes tels J. II de Momper, que Teniers se rattache.A partir de 1640 environ, le paysage prend une place plus importante dans l'ensemble de son œuvre. Il peint dès lors davantage de kermesses paysannes en plein air, inspirées en partie de scènes analogues de J. I Brueghel, son beau-père. Elles se déroulent devant une auberge et, souvent, on y voit quelques aristocrates observant, amusés, les ébats des gens du peuple - entre autres, un exemple dans la Royal Collection à Buckingham Palace (1649) et un autre au musée des beaux-arts de Bruxelles (1651). Ces tableaux sont exécutés dans une gamme richement nuancée de couleurs pastel. Les tons locaux sont imprégnés de lumière et créent une indéniable sensation tactile. De toute évidence, ces peintures témoignent d'un point de vue sur la vie campagnarde et sur les paysans qui diffère radicalement de celui qui inspirait à Brouwer ses compositions satiriques. Cette nouvelle interprétation de la thématique paysanne reflète un état d'esprit plus positif à son égard. On peut avancer que les tableaux paysans de la dernière période de Teniers témoignent d'un esprit plus bucolique, que l'on retrouvait d'ailleurs assez généralement dans les conceptions de l'élite qui gouvernait les modes de l'époque. Il se manifestait aussi dans une tendance croissante parmi la bourgeoisie à installer des propriétés à la campagne et dans son intérêt marqué pour la littérature pastorale. Les hommes et les femmes qui peuplent ces paysages ont tout à fait perdu leurs déformations effrayantes et caricaturales. Il est, à cet égard, remarquable qu'on ait conservé de nombreuses études préparatoires dessinées d'après nature et datant justement de cette période. Elles témoignent du souci de Teniers d'évoquer avec fidélité l'attitude des figures. Dans de nombreux tableaux d'intérieur qui restent également tributaires de Brouwer pour la composition, la tonalité enfumée et monochrome des années 1630 a fait place à une atmosphère plus claire et argentée dans laquelle des individus typiquement populaires sont tranquillement assis à bavarder et à jouer aux cartes, (La "Chemise blanche", daté 1644, conservé dans la collection Wallace à Londres).Au cours de la dernière époque de Teniers - après 1660 environ - il est surtout frappant de voir que l'élément bucolique est devenu dominant. L'homme et la nature semblent y être fondus dans un moment tout empreint d'une atmosphère idyllique. Dans la thématique aussi, les accents sont quelque peu différents : au lieu de la foule tapageuse des kermesses villageoises, Teniers peint dorénavant surtout des tableaux pastoraux, avec peu de personnages.La célébrité de Teniers a toujours été considérable. Au XVIIIe siècle, son œuvre était parmi les plus recherchées des grands collectionneurs. Par son caractère décoratif, elle exerçait aussi une grande influence sur certaines branches de l'industrie d'art comme la tapisserie (on parlait de "Tenières").
Redacteur
- Vlieghe, Hans
Collecties
- Rijksmuseum (Amsterdam)
- Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen (Antwerpen)
- Staatliche Museum zu Berlin (Berlijn)
- Wallraff-Richartz-Museum (Keulen)
- Staatl. Kunstsmlg. (Dresden)
- Staatliche Kunsthalle (Karlsruhe)
- Staatl. Kunstsmlg. (Kassel)
- Mauritshuis (Den Haag)
- Wallace Collection (Londen)
- National Gallery (Londen)
- Alte Pinakothek der Bayerischen Staatsgemäldesammlungen (München)
- Metropolitan Museum (New York)
- Louvre (Paris)
- Museum Boijmans-van Beuningen (Rotterdam)
- Ermitage (Sint-Petersburg)
- Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België (Brussel)
- Museo Nacional del Prado (Madrid)
Bibliografie
- A. Rosenberg, Teniers der Jüngere, Bielefeld-Leipzig, 1895.
- H. Vlieghe, David II Teniers en het Hof van Aartshertog Leopold-Wilhelm, en Don Juan van Oostenrijk, in Gentse Bijdragen, XIX, 1961-1966, pp. 123-149.
- J. P. Davidson, David Teniers the Younger, Londres, 1980.
- M. Klinge, Adriaen Brouwer, David Teniers the Younger. A Loan Exhibition of Paintings, cat.exp. gal. Noortman et Brod, New York/Maestricht, 1982.
- M. Klinge, David Teniers de Jonge, cat. exp. K.M.S.K., Anvers, 1991.