MAÎTRE DE LA LÉGENDE DE SAINTE LUCIE

Actif à Bruges, dernier quart du XVe siècle


Peintre anonyme de sujets religieux et de portraits dont l'activité se manifeste à Bruges de 1480 jusqu'après 1501. Son œuvre de base, la "Légende de sainte Lucie" (Bruges, St-Jakobskerk), porte en effet la date de 1480 ainsi que l'une des onze vues détaillées de la ville de Bruges et de ses principaux monuments, vues que le peintre a placées au second plan de certains de ses tableaux. Sur neuf d'entre elles, la représentation d'un des quatre états successifs de la tour du beffroi permet de situer avec grande probabilité leur exécution depuis avant 1483 jusqu'après 1501. M.J. Friedländer le premier découvrit en 1903 une identité de main dans deux tableaux exposés à Bruges en 1902 : la "Légende de sainte Lucie" de l'église Saint-Jacques à Bruges et la "Vierge parmi les saintes" (Bruxelles, M.R.B.A.B.). En 1928, il proposa un nom conventionnel pour ce peintre en groupant autour de la "Légende de sainte Lucie" vingt et une autres œuvres. Il analysa les caractéristiques de l'artiste. En 1937, il ajouta cinq tableaux à la liste et, dans son édition anglaise de 1971, douze nouveaux numéros furent proposés par la commentatrice, N. Veronee-Verhaegen, qui avait déjà ajouté une "Vierge et Enfant" en 1966. En 1976, D. De Vos proposa d'intégrer à cet ensemble le "Saint Jean à Patmos" de Rotterdam précédemment attribué à Dieric Bouts et l'"Adoration des Mages" de Cincinnati. Enfin les "Deux Apôtres" de Dijon furent proposés en 1986 par M. Comblen-Sonkes et N. Veronee-Verhaegen. Des dessins furent attribués au maître en 1984. Bien que contemporain brugeois de H. Memling, le Maître de la Légende de sainte Lucie est peu influencé par lui. Il semble plus dépendant de l'art de D. Bouts, chez qui il fut peut-être formé et, dans une moindre mesure, de celui de H. van der Goes. Il reçut aussi de R. van der Weyden un héritage appréciable, fait surtout de compositions et de motifs plutôt que d'éléments de style. Au contraire de son émule, le Maître de la Légende de sainte Ursule, le Maître de la Légende de sainte Lucie semble avoir eu une clientèle internationale : il peignit un grand retable pour la Confrérie des Têtes-Noires de Tallin en Estonie (Tallin, Mus. nat. B.A.) et nombre de ses œuvres conservées proviennent d'Espagne. La "Sainte Catherine" de Pise est encastrée dans un retable espagnol. Les relations de son art avec l'art hispano-flamand sont évidentes : l'emploi fréquent du cerne, les ombres assez lourdes surtout dans les œuvres de moindre qualité, les coloris plutôt sombres et appuyés, la préférence pour des types masculins méridionaux souvent hirsutes et barbus - alors que ses types féminins sont nordiques avec de longs cheveux blonds répandus en ondes brillantes caractéristiques sur les épaules de ses vierges aux yeux légèrement bridés. A noter aussi le volume sculptural de certaines figures debout, à la tête petite, aux bras et aux mains minuscules. C'est dans les portraits du retable de Tallin que le maître se rapproche le plus de l'art de Memling. Les vues de Bruges, peintes avec amour de l'exactitude, de l'élégance du détail, de la lumière qui baigne les monuments de la Flandre maritime, resteront l'élément le plus précieux de son art. Ajoutons que les rapports du Maître de la Légende de sainte Lucie avec l'art de la tapisserie restent encore inexpliqués. Plusieurs coussins avec housses tissées aux mille-fleurs apparaissent dans ses tableaux et l'écho, sensible mais difficile à préciser, de certaines de ses figures et de son sens particulier de l'espace se retrouve notamment dans la fameuse tenture de la "Dame à la Licorne" du Musée de Cluny à Paris. De grandes variations dans le niveau de la qualité font penser que le maître dirigeait un atelier travaillant entre autres pour l'exportation.

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