DOUFFET, Gérard

Liège, 1594 - 1660


Peintre d'histoire et de portraits, porte-flambeau de l'originale école de Liège au XVIIe siècle. Fils d'un avocat, il reçoit sa première formation d'un obscur peintre local, Jean Taulier (mort en 1636), sans doute un de ces maniéristes attardés de ce que l'on nomme "l'école de Lambert Lombard". Douffet se serait ensuite rendu à Dinant chez un peintre non connu (prénommé Perpète), avant d'aller, selon son biographe L. Abry (1643-1720), travailler chez P.P. Rubens de 1612 à 1614. L'anecdote est douteuse; mais il est vraisemblable qu'il reçoit une formation à Anvers à cette époque. Dès 1614 sans doute, il se rend en Italie et n'en reviendra que dix ans plus tard. Il est mentionné dans les "Stati d'anime" de Rome en 1620 et 1622 avec Valentin de Boulogne. Il semble bien qu'il ait principalement vécu à ce moment dans le milieu des caravagesques manfrédiens : Manfredi, Valentin et Tournier. Malheureusement, aucune œuvre de la période italienne n'est connue. L'identification de Douffet avec le Maître du Jugement de Salomon ne paraît pas acceptable. Le plus ancien tableau conservé est l'"Invention de la sainte croix" (Munich, A. Pin); ce tableau de 1624 est le véritable tableaumanifeste de l'école liégeoise du XVIIe siècle. Le peintre introduit à Liège les conceptions caravagesques alors à la mode dans la péninsule. Curieusement, cette toile apparaît plus proche de la manière de Simon Vouet que de celle des manfrédiens. Et nous sommes bien loin du baroque rubénien. Ses deux autres chefs-d'œuvre de la période de maturité témoignent des mêmes conceptions. La "Visite du pape Nicolas V au tombeau de saint François" de 1627, également conservée à Munich, nous montre la première manifestation de la Contre-Réforme dans la peinture liégeoise. L'"Apparition du Christ à saint Jacques" (Schleissheim), de 1633, nous renvoie autant aux Bolonais qu'aux caravagesques. C'est sans doute significatif de l'évolution de l'artiste. En 1634, il est nommé peintre officiel du prince-évêque de Liège Ferdinand de Bavière. Il est alors au sommet de sa gloire. Mais il ne tardera pas à sombrer dans le déclin. A partir de cette époque en effet, son art s'affadit et tombe dans la redite, même s'il nous réserve encore quelques morceaux très honorables comme l'"Adoration des bergers" d'Alden Biesen (vers 1640), la "Forge de Vulcain" (1645; Liège, M.A.W.) ou la "Descente de croix" de Kornelimünster (près d'Aix-la-Chapelle). A la fin de son existence, miné par la maladie et les soucis financiers, Douffet ne peut plus donner à ses œuvres la force d'expression des premiers tableaux. On en juge aisément à travers le grand retable de l'"Erection de la croix", sans doute sa dernière œuvre importante, récemment retrouvée au musée des beaux-arts de Nantes. Dans l'art du portrait, sa spécialité, il fait preuve de plus de constance dans la qualité et l'originalité. Le modelé vigoureux caractéristique témoigne une fois encore de la formation naturaliste du peintre. De toute la carrière de Douffet, qui s'étend sur plus de quarante ans, on ne connaît aujourd'hui qu'une vingtaine de pièces, de qualité très inégale. C'est avant tout par l'originalité de ses choix esthétiques, étonnants dans une ville si proche du foyer anversois, que l'artiste se distingue. Son impact sera capital sur la plupart des peintres liégeois jusqu'au début du XVIIIe siècle, à commencer par son seul élève connu : Bertholet Flémal.

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