DAVID, Gerard

Oudewater/Pays-Bas, vers 1450/1460 - Bruges, 1523


Peintre de sujets religieux et de scènes de justice. Gerard David devint franc-maître de la corporation brugeoise des imagiers et selliers le 14 janvier 1484. Rapidement il acquit renommée artistique, richesse et statut social. Les archives de la corporation des peintres indiquent qu'il fut juré de la gilde en 1488, 1495 et 1498 et doyen en 1501. De 1494 jusqu'à sa mort en 1523, son atelier se situait vraisemblablement en face de la Vlamijnckbrugghe. De 1494 à 1510, il partagea le paiement de la location pour le quartier du Vlamijnckbrugghe avec un certain A. Huyghe, selon H. van Miegroet, un compagnon à son service. Sa résidence personnelle se situait probablement au Dijver. Son mariage avec Cornelia Cnoop, entre 1497 et 1509, confirma et assura l'importance de sa position sociale et financière. Cornelia était en effet la fille d'un orfèvre réputé et fortuné. En 1507, David devint membre de la confrérie de Notre-Dame de l'Arbre Sec. Cette confrérie prestigieuse regroupait des autorités officielles de la maison de Bourgogne aussi bien que les bourgeois les plus en vue de la ville. La réussite sociale et financière de David semble s'être accompagnée de la pratique de la charité. En 1509, il offrit un panneau représentant la "Vierge entre les vierges" (Rouen, M.B.A.) au couvent des Carmélites de Sion à Bruges. Ce tableau comprend les portraits du peintre et de sa femme. Peut-être à la recherche d'un marché plus grand pour ses peintures, David adhéra, en 1515, à la gilde des peintres d'Anvers. Rien n'indique toutefois qu'il résida dans cette ville. Il semblerait aussi qu'il eut en lui une propension à la querelle. Un désaccord avec A. Benson, l'un de ses anciens compagnons, au sujet d'un coffre contenant des modèles et des esquisses, le mena, en 1520, en prison pour plusieurs mois. David semble avoir entretenu des rapports privilégiés avec le couvent des Carmélites de Sion. Il leur prêta, le 25 avril 1521, 10 livres, somme qui lui fut remboursée quelques mois avant sa mort, le 13 août 1523. David fut enterré sous les tours de l'église Notre-Dame à Bruges. Après sa mort, sa veuve paya les dettes après décès à la gilde des libraires et enlumineurs.A l'exception du panneau destiné au couvent des Carmélites de Sion, aucune œuvre de David ne peut être datée avec certitude. Nous ne connaissons pas davantage l'étendue actuelle de son œuvre. Le nombre d'attributions oscille entre quarante-et-un et soixante tableaux. L'absence de références précises en ce qui concerne la datation de ses tableaux a contribué à les répartir en trois périodes. On distingue ainsi, suivant les étapes de développement présumé de son style, une première période, une période de maturité et une période tardive. Les premières peintures de David furent réalisées avant son arrivée à Bruges, vraisemblablement entre 1480 et 1484. Elles reflètent son héritage hollandais et sa formation initiale. Un triptyque représentant la "Nativité" (New York, Met., Friedsam Coll.) illustre cette première période. La maladresse des figures, ainsi que la dureté de l'éclairage révèlent ses origines hollandaises. De plus, le visage long et ovale de la Vierge rappelle les types de Geertgen tot Sint Jans, le peintre de Haarlem dont on pense qu'il fut le premier maître de David. Parmi les autres œuvres du début, on compte le triptyque du "Christ cloué sur la croix" (panneau central : Londres, Nat. Gall.; volets : Anvers, K.M.S.K.) et l'"Adoration des bergers" (Budapest, Szépmüvészeti Muz.). Peu de temps après son arrivée à Bruges, en 1484, David reçut une commande importante. En 1487/1488, on lui demanda de réaliser les panneaux pour la chambre des échevins à l'hôtel de ville de Bruges. Mentionné au départ dans les archives comme un "Jugement dernier", ce large diptyque, que David compléta en 1498, représente la "Justice de Cambyse" (Bruges, Groeningemus.). Le sujet est emprunté aux "Historiae" d'Hérodote et fait allusion à l'arrestation et à la punition du juge prévaricateur Sisamnès par Cambyse, ancien roi de Perse. Pour ses méfaits, Sisamnès est écorché vif, scène que David représente avec une cruauté froide et méticuleuse. Au même titre que les peintures de D. Bouts pour l'hôtel de ville de Louvain, les panneaux de David mettent en garde les praticiens de la justice contre la corruption.Les années comprises entre 1500 et 1515 constituent la période de maturité au cours de laquelle David reçut la commande de grands tableaux. Des changements de style sont perceptibles dans le triptyque du "Baptême du Christ" (Bruges, Groeningemus.), peint entre 1502/1503 et 1507/1508 pour Jan de Trompes, bailli d'Ostende et receveur-général de Flandre. La scène du baptême est située dans un vaste paysage verdoyant dont la palette froide contraste de manière frappante avec la lumière crue et vive des premières œuvres de David. C'est toutefois l'influence pénétrante de J. van Eyck qui caractérise cette représentation du baptême. L'image de Dieu le père qui plane dans un cercle de nuages dans le haut de la composition, ainsi que l'ange aux cheveux roux et sans ailes qui tient la robe du Christ sont des motifs empruntés au retable de l'"Agneau mystique" (Gand, St-Baafskath.). Le feuillage détaillé au premier plan et le rendu méticuleux du drap, en particulier le tissage grossier de la tunique de saint Jean-Baptiste, évoquent un désir d'imiter le style précis de Van Eyck. D'autres panneaux exécutés durant la période de maturité accentuent la profondeur de champ et la projection stéréométrique des figures que l'on trouve déjà chez Van Eyck et que David contribua à développer. Le splendide polyptyque commandé par Vicenzo Sauli pour l'église de l'abbaye des bénédictines de San Girolamo della Cervara près de Gênes correspond à cette description générale. Cette œuvre est composée d'une "Intronisation de la Vierge et de l'enfant Jésus entre saint Jérôme et saint Benoît" (Gênes, Pal. Bianco), d'un "Dieu le Père avec deux anges" (Paris, Louvre) et d'une "Annonciation" (New York, Met.). Le "Mariage mystique de sainte Catherine" (Londres, Nat. Gall.) commandé par Richard de Visch van de Capelle, chantre de l'église Saint-Donatien, ainsi que la "Vierge entre les vierges", déjà citée, font également partie des œuvres de la période de maturité.La période tardive s'étend de 1515 environ à la mort du peintre, en 1523. Les nombreuses versions du "Repos pendant la fuite en Egypte" peuvent être situées pendant cette période. Un panneau représentant ce sujet est conservé à la National Gallery de Londres. L'ensemble est d'une grande douceur. La palette, composée de bleus exquis, est harmonieuse. Le traitement délicat des formes et des tons à prédominance bleue caractérisent le style tardif de David. On peut, en outre, lui attribuer la création d'un type de composition pour le thème du "Repos pendant la fuite en Egypte" (Madrid, Prado - Washington, Nat. Gall. of Art) qui eut une grande influence sur ses successeurs du XVIe siècle. A. Benson, A. Isenbrant, J. van Cleve et J. Patinier utiliseront une formule visuelle semblable à la sienne : la Vierge et l'Enfant, accompagnés ou non de saint Joseph, sont assis dans un vaste paysage, entourés d'objets tels qu'un panier ou une gourde dont la présence caractérise le thème. Le style tardif de David comprend également des œuvres d'aspect raide et faible, telles que la "Lamentation" de Londres (Nat. Gall.).Des peintures sur toile, des manuscrits et des dessins ont aussi été attribués à David. Dans son étude consacrée aux débuts de la peinture sur toile aux Pays-Bas, D. Wolfthal décrit deux peintures sur toile de David : la "Déposition" (New York, Frick coll.) et l'"Adoration" (Florence, Uffizi). Il est peu probable, toutefois, que David réalisa des enluminures. Se fondant sur les dettes mortuaires payées par la veuve de David à la gilde des enlumineurs après la mort de son époux, W.H.J. Weale et D.G. Scillia ont déduit que David fut lui-même enlumineur. Or, il peut très bien avoir été membre de la gilde pour de strictes raisons commerciales, dans le but de vendre les miniatures qui étaient réalisées dans sa boutique. Neuf enluminures lui ont été attribuées. Même les meilleures d'entre elles, une "Nativité" (fol. 29) et une "Adoration" (fol. 41) du "Bréviaire d'Isabelle de Castille" (Londres, Brit. Mus., Add. Ms 18851), sont typiquement des copies de compositions existantes simplifiées et inversées. Elles semblent confirmer la supposition selon laquelle il s'agirait de simples produits d'atelier. L'un des dix dessins attribués actuellement à David dénote l'influence du "Retable de l'Agneau mystique" de J. Van Eyck, influence qui est également perceptible dans le "Baptême" de Bruges, ainsi que dans d'autres panneaux. Un dessin à la mine de plomb conservé à la National Gallery d'Ottawa présente les figures faisant partie du groupe des saints Martyrs de Van Eyck. David apporte une douceur particulière à la technique de la mine de plomb, technique de dessin qu'il préfère, mais passée de mode à l'époque où il l'utilise.L'œuvre de Gerard David est d'une extrême complexité. Au cours de sa carrière, son style a souvent varié. Très inventif dans le paysage et l'iconographie, son vocabulaire n'en est pas moins nourri de références aux grands peintres flamands qui l'ont précédé, tout spécialement J. van Eyck. Souvent considéré comme le dernier des Primitifs flamands, David représente une tradition continue allant de P. Christus à J. Gossart, tradition qui reconnaît et revendique même la copie des maîtres plus anciens comme part du processus de création d'une œuvre nouvelle.

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