CLAUS, Emile
Vive-Saint-Eloi, 1849 - Astene (Deinze), 1924
Peintre de paysages, de scènes de genre et de portraits, aquarelliste et graveur, il est aussi auteur de nombreux pastels. En 1869, sous l'impulsion du compositeur Peter Benoit, E. Claus entre à l'académie d'Anvers dirigée par N. De Keyser, une figure du mouvement romantique. Claus y suivra principalement l'enseignement du peintre paysagiste J. Jacobs. Refusant de concourir pour le prix de Rome, il quitte l'académie en 1874, nanti du deuxième prix. Il se fixe alors à Anvers jusqu'en 1882 et peint des portraits et des tableaux de genre qui relèvent de la production réaliste et narrative de l'académie, bastion de l'école d'Anvers. Les sujets sont anecdotiques, à tendance sociale ou sentimentale. Son "Combat de coqs en Flandre" de 1882 (coll. priv.), exposé au salon de Paris, marque ses premiers succès et dénote une première recherche de vérité objective. Dès 1883, Claus travaille à Astene, près de Deinze, au bord de la Lys, dans un ancien pavillon de chasse qui deviendra sa résidence permanente trois ans plus tard, lors de son mariage avec Charlotte Dufaux. Cette demeure, qui recevra ultérieurement le nom de "Zonneschijn", sera le rendez-vous des élèves et des amis peintres, sculpteurs, poètes ou hommes de lettres. C'est une amitié privilégiée et déterminante que Claus noue avec Camille Lemonnier, l'auteur de "La Belgique". Celui-ci, doté d'une forte personnalité et rompu aux milieux artistiques parisiens, devait encourager le peintre à se libérer des contraintes académiques, à quitter l'atelier pour le plein air et surtout, à éclaircir sa palette. Claus devient alors essentiellement le peintre de la vie rurale, le peintre de la Lys et, peu à peu, celui de la lumière. De 1883 à 1889 environ, il traverse une période pré-impressionniste, dont le réalisme trahit l'influence de la photographie, dans la lignée du peintre français J. Bastien-Lepage. Ses voyages à Paris, lors des salons et au cours des hivers 1889 à 1892, lui font découvrir les œuvres des tenants de l'impressionnisme. La peinture de Claude Monet, en particulier, retient son attention. Il saura adopter les leçons de l'impressionnisme, auquel il vient tardivement, en les adaptant à sa manière propre. Sa grande toile "La récolte des betteraves" de 1890 (Deinze, Mus. van Deinze en Leiestreek) peut être considérée comme une œuvre charnière dans son évolution. L'année suivante, il peint les "Ijsvogels" (Gand, M.S.K.) où la figure, toujours présente, s'estompe peu à peu en faveur du paysage et surtout d'une atmosphère sensible. En 1899, il a atteint sa pleine maturité picturale, lorsqu'il exécute les "Vaches traversant la Lys" ou le "Passage des vaches" (Bruxelles, M.R.B.A.B.), résultat de douze années de travail. Au cours de l'année 1904, il peint "La récolte du lin" (Bruxelles, M.R.B.A.B.), une toile vibrante de luminosité, et sera l'un des fondateurs du cercle Vie et Lumière, dont les membres partagent un même idéal, un même amour de "peindre la lumière" et organisent des expositions auxquelles sont conviés les peintres étrangers partageant leur vision de la peinture. Claus visitera l'Espagne, l'Algérie et le Maroc, fera plusieurs voyages en France et en Zélande. Il effectue un bref séjour à Pittsburgh aux Etats-Unis et se rend par deux fois, en 1902 et en 1906, à Venise dont la lumière si particulière le séduit. Il y réalise des vues du Grand Canal, qui préfigurent en quelque sorte celles qu'il exécutera de la Tamise à Londres, lors de son exil en Grande-Bretagne de 1914 à 1919. Réalisées entre janvier 1916 et mars 1919, ces vues recevront le titre collectif et évocateur de "Réverbérations sur la Tamise". Claus y dépeint inlassablement le "Victoria Embankment", la Tamise et ses ponts, en perspectives plongeantes, adaptant sa touche nerveuse et sa palette à la luminosité changeante des heures et des saisons qui passent ("Waterloo Bridge, soleil et pluie. Mars", 1916; "Derniers rayons vers Blackfriars Bridge. Mars", 1917, Bruxelles, M.R.B.A.B.). Entamant simultanément plusieurs toiles, il attend pour chacune d'elles le retour d'un effet fugitif ou d'une lumière particulière et poursuit en cela la méthode adoptée aux bords de la Lys.
Rédacteur
- Velghe, Brita
Collections
- Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers (Anvers)
- Musée Groeninge (Bruges)
- Musée des Beaux-Arts (Lille)
- Musée des Beaux-Arts (Reims)
- Musée des Beaux-Arts et de Céramique (Verviers)
- Musée d’Ixelles (Ixelles (Bruxelles))
- Musée des Beaux-Arts de Mons (Mons)
- Musée des Beaux-Arts de Tournai (Tournai)
- Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles)
- Musée des Beaux-arts (Gand)
- Museum van Deinze en de Leiestreek (Deinze)
Bibliographie
- C. Lemonnier, Emile Claus, Bruxelles, 1908.
- G. Vanzype, Notice sur Emile Claus, in Annuaire de l'Acad. roy. de Belgique, Bruxelles, 1929, pp. 1-33.
- A. Sauton, Un Prince du Luminisme, Emile Claus (1849-1924), Bruxelles, 1946.
- F. Maret, Emile Claus, Anvers, 1949.
- P. Eeckhout, Rétrospective Emile Claus, 1849-1924, cat. exp. M.S.K., Gand, 1974.
- B. Velghe, Emile Claus en Grande-Bretagne: 1914-1919, in Bull. M.R.B.A.B., misc. Philippe Roberts-Jones, Bruxelles, 1985-1988/1-3, pp. 353-369.