WOUTERS, Rik

Malines, 1882 - Amsterdam, 1916


Peintre, sculpteur, graveur. Né dans une famille d'ébénistes, le jeune Wouters apprend le métier de sculpteur sur bois chez T. Blieck et suit les cours du peintre J.G. Rosier à l'académie de Malines. Désirant développer sa technique et l'élever du stade ornemental au niveau d'un moyen d'expression, il entre à l'académie des beaux-arts de Bruxelles dans l'atelier de J. Aerts. Il rencontre la jeune Nel qui sera la compagne de sa vie et son modèle privilégié. En 1907, il expose pour la première fois de la sculpture au salon triennal. A ce moment, ses modèles sont Donatello, Michel-Ange et Rodin; il réalise une série de figures et de bustes de tendance réaliste, mais dans une facture déjà assez libre qui rappelle le traitement impressionniste que Renoir et Degas appliquèrent à la glaise. Dès le début du siècle, l'artiste s'essaie également à la peinture : ses premières tentatives, notamment "Le conte", relèvent d'un climat symboliste et sont réalisées à l'aide d'empâtements au chromatisme sourd que le peintre tente d'alléger par un recours provisoire au pointillisme. Pour se nettoyer l'œil des mélanges impossibles, Wouters cherche à cultiver la sobriété et le sens de la synthèse dans la pratique du dessin à l'encre qu'il rehausse souvent de légères hachures d'aquarelle. Ragaillardi, il attaque à nouveau la peinture vers la fin de 1907 et commence à appliquer à l'huile les simplifications ainsi acquises, tout en s'orientant vers des sujets essentiellement naturalistes. Il gardera pour quelques temps encore ce quelque chose de feutré qui le rapproche peut-être des nabis, mais aussi de certaines toiles d'Ensor dont Wouters est un fervent admirateur ("Intérieur", 1907). "L'autoportrait au chapeau noir" (coll. priv.) et les deux versions de l'"Intérieur d'aquafortiste" (coll. priv. et Anvers, K.M.S.K.) montrent que le peintre a adopté le couteau à palette. Pressentant l'artifice possible d'une telle technique, attentif aux conseils de F. Schirren qui revient d'avoir vu les fauves à Paris, il utilise désormais la brosse et réalise quelques toiles aux simplifications expressives plus hardies, héritées d'Ensor ("Rayons de soleil", coll. priv.). Entre-temps, il s'adonne également à la pratique de l'eau forte.En 1911, le poète Jules Elslander présente Wouters à Georges Giroux qui, enthousiasmé par l'audace et la nouveauté d'expression de la "Vierge folle", que le sculpteur est en train d'achever, décide d'ouvrir à Bruxelles une galerie d'art où seront périodiquement exposées les œuvres de l'artiste, en compagnie de celles d'autres peintres qui forment ce qu'on a appelé le fauvisme brabançon (Schirren, Dehoy, De Kat, Albert, Ramah, Maertens, Cockx, etc.). Après avoir réalisé quelques sculptures importantes dont "Soucis domestiques" (Bruges, Groeningemus.), "Portrait de J. Ensor" (Ostende, M.S.K.), Wouters renonce bientôt à ce moyen d'expression. Cherchant à tempérer sa juvénile ardeur picturale pour atteindre la synthèse de la forme et de la couleur, l'artiste se montre attiré par l'œuvre de Cézanne qu'il peut enfin contempler dans sa réalité lors d'un premier voyage à Paris en 1912 ("Hommage à Cézanne", coll. priv.) et qui l'engage à structurer davantage sa composition et à discipliner sa rapidité d'exécution. Cette année 1912, durant laquelle il fait également un voyage en Allemagne où il découvre les œuvres de Van Gogh, voit éclore une série de toiles capitales, notamment "Dame au collier jaune" (Bruxelles, M.R.B.A.B.) ou "Intérieur D" (Bruxelles, M.R.B.A.B.), "Femme dans un intérieur", "Autoportrait" (Bruxelles, Crédit comm.), "Portrait du sculpteur Wynants" (coll. priv.), "L'éducation B"(coll. priv.), "Femme devant le rideau rouge" (, coll. priv.), "Fleurs d'anniversaire" (coll. priv.). En 1914, une première exposition individuelle à la galerie Giroux rassemble l'essentiel des œuvres sculptées, peintes, dessinées et gravées réalisées jusqu'alors; sans conteste, elles imposent la personnalité de Wouters comme le chef de file de la jeune école bruxelloise. A la déclaration de la guerre, sa mobilisation le surprend en train d'achever la "Nature morte aux pêches" (Bruxelles, Mus. David et Alice van Buuren), qui semble renoncer de manière plus nette aux procédés formels de l'impressionnisme afin d'exprimer, à travers l'arrangement décoratif d'une simple nature morte, un objet de pure beauté. Envoyé sur le front près de Liège, fort affecté par l'horreur des combats, il se retrouve ensuite interné à Zeist en Hollande dans un camp de soldats belges réfugiés, où Nel le retrouve et lui apporte le matériel pour réaliser dessins et aquarelles. Autour de lui se crée un cercle de sympathie parmi les artistes et les littérateurs, mais Wouters éprouve les premiers signes du cancer de la face qui l'emportera; il subit une première opération à Utrecht et, libéré de son internement, s'installe à Amsterdam. Reprenant les brosses, il peint notamment "La femme dans la barque", "L'après-midi d'été" (coll. priv.), "Femme à la blouse blanche" (Anvers, K.M.S.K.), "Femme assise" (Gand, M.S.K.). Le musée communal d'Amsterdam organise une importante exposition rétrospective de son œuvre. Une seconde opération s'impose qui le laisse affreusement mutilé : "Portrait de Rik au bandeau" (coll. priv.). Son mal ne cessant de s'aggraver, une troisième intervention chirurgicale intervint, mais après trois mois de souffrance Wouters succombe le 1er juillet 1916. Dans ses dernières toiles "Humeur sombre", Bruxelles, M.R.B.A.B.), les gammes de couleur sont devenues plus sourdes et profondes, mais la main demeura leste et le geste synthétique. Après avoir évolué dans le sillage de l'impressionnisme français et des œuvres de jeunesse de J. Ensor, R. Wouters trouva sa voie dans un fauvisme personnel et intimiste en ayant mené sa palette vers les tons purs étalés en touches expressives et conduit la forme à une synthèse d'esprit cézannien. En dépit de la brièveté de sa carrière, il apparaît au début du siècle, avant l'éclosion de l'expressionnisme flamand, comme la figure centrale du courant fauve brabançon.

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