VAN LOON, Théodore

Bruxelles, 1581 ou 1582 - Louvain, 1667


Peintre de sujets religieux. De sa première formation, on ne sait pratiquement rien. A titre d'hypothèse, on pourrait voir en W. Coeberger une personnalité susceptible de l'avoir orienté, du moins à son retour d'Italie vers 1600. En effet, le nom de Coeberger, peintre, architecte, ingénieur, économiste et érudit anversois fixé à Bruxelles, se trouve à plus d'une reprise associé à celui de Van Loon dans des réalisations telles que la chapelle de Tervueren, les églises Saint-Géry et des Carmélites à Bruxelles et la basilique de Montaigu. Rien d'étonnant, dès lors, que Van Loon songeât à se rendre en Italie à l'instar de son confrère. Dès 1602, il est en route pour Rome où il reste jusqu'en 1608. Il y retourne vraisemblablement en 1617 et y séjourne une troisième fois de 1628 à 1631. Sa copie de la "Pietà" de Marco Pino (Bruxelles, égl. du Béguinage) qu'il rapporta de l'un de ses voyages, nous révèle les modèles vers lesquels il s'est notamment tourné, à savoir les maniéristes toscans de la seconde moitié du XVIe siècle. Par ailleurs, le Corrège et sa suavité ont laissé des traces évidentes dans les compositions de Van Loon telles que la "Sainte Famille" de l'église de Neder-over-Heembeek (Bruxelles), ou la "Trinité" et la "Vierge entre les vierges" (Bruxelles, égl. du Béguinage) datées respectivement de 1623 et 1626. L'évolution de l'art de Van Loon est malaisée à suivre et rares sont les œuvres qui, comme les précédentes, portent une date; en 1617, il réalise son spectaculaire et puissant "Martyre de saint Lambert" (Woluwe-Saint-Lambert (Bruxelles), égl. St-Lambert), œuvre non dénuée de maniérisme, certes, mais dans laquelle le peintre fait surtout montre de ses capacités de compréhension des apports modernes du caravagisme. Une telle ouverture au ténébrisme populaire du maître lombard et de ses émules s'observe également dans des œuvres comme "La conversion de saint Hubert" (Bruxelles, M.R.B.A.B.), située vers 1620, "La délivrance de saint Pierre" (Bruxelles, égl. du Béguinage) ou encore la "Salomé" (volée, auparavant conservée au même endroit), œuvres qui, elles, restent non documentées. Outre sa production pour le Béguinage de Bruxelles, Van loon a également peint, entre 1623 et 1628, un grandiose cycle marial pour la basilique de Montaigu, qu'il compléta vers 1632 par une "Assomption" destinée au maître-autel.Plus que toute autre, la question des milieux artistiques que fréquenta Van Loon au cours de ses voyages en Italie prête à de féconds développements. En effet, l'étude des influences artistiques laisse entrevoir un lien étroit avec le mouvement caravagesque. En peignant le "Martyre de saint Lambert" en 1617, Van Loon se comporte d'une manière très comparable à celle des Hollandais D. van Baburen ou H.J. Terbrugghen, ou mieux encore de l'énigmatique Cecco del Caravaggio, trois artistes qu'il a pu côtoyer à Rome durant son premier séjour. Par ailleurs, son tableau de l'église Saint-Jean à Malines, "Laissez venir à moi les petits enfants", atteste sa connaissance de l'œuvre de B. Manfredi et des peintres de la génération de S. Vouet. D'autres remarques pourraient sans doute être faites sur les relations de Van Loon avec le milieu caravagesque au sein duquel la place du peintre bruxellois n'a pas suffisamment été défendue. On n'insistera jamais assez sur la lumière nouvelle que les œuvres reconsidérées de Van Loon jettent sur les milieux artistiques de la capitale des Pays-Bas méridionaux, au début et jusqu'au milieu du XVIIe siècle. L'existence à Bruxelles de la "grande peinture" novatrice de Van Loon est assurément un phénomène qui mérite d'être souligné car c'est à cette époque que se forment à Bruxelles des artistes comme M. Sweerts, J. Daret, P. de Champaigne et A. Sallaert qui, à l'instar de Van Loon, restent très - si pas totalement - récalcitrants au rubénisme. G. de Crayer, au style si tempéré, est lui aussi établi en cette ville dès 1607. Sans doute Van Loon et lui furent-ils de sérieux concurrents face à une clientèle bruxelloise somme toute assez restreinte et sollicitée par l'activité débordante d'un centre comme Anvers. L'installation de Van Loon à Louvain vers 1624 et ses nouveaux séjours en Italie en 1617 et de 1628 à 1632 en sont peut-être les indices. Quoi qu'il en soit, le succès du peintre bruxellois est attesté par les nombreuses répliques de ses œuvres et le rayonnement de son style se perçoit dans l'œuvre du Brugeois J. van Oost l'Ancien. De Crayer luimême copia au moins un tableau de Van Loon, "Le miracle de saint Hubert" (Louvain, StJacobskerk) et les traces de caravagisme que l'on peut déceler dans certains de ses tableaux sont très vraisemblablement dues à l'influence de Van Loon.

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