ALECHINSKY, Pierre

Bruxelles, 1927


Vit en France ainsi qu'à New York. Peintre d'imagination et de spontanéité extrêmement fécond, dans la lignée de Cobra, il humanise ironiquement des formes incongrues et des signes allusifs. Est également, et avec le même bonheur, dessinateur, graveur, illustrateur, céramiste, cinéaste, écrivain. Parents médecins; père juif d'origine russe naturalisé belge, mère de vieille souche wallonne. Etudes d'illustration de livre et de typographie à l'E.N.S.A.A.D. - La Cambre (Bruxelles). Il en gardera l'amour de la mise en page et de la lettre, d'où le soin qu'il apporte à toutes les publications le concernant. En 1947, il adhère au groupe de La Jeune Peinture belge, mais Cobra sera, à partir de 1949, sa véritable école de vie et de création. Il sera l'ami fidèle et le soutien, jusqu'à la mort, de l'animateur de Cobra, C. Dotremont. En 1947 encore, première exposition personnelle à la galerie Lou Cosyn (Bruxelles). Il crée avec des amis, dont le sculpteur Reinhoud et l'ethnographe, cinéaste et écrivain L. de Heusch, les Ateliers du Marais, sorte de maison communautaire, lieu de rencontre des membres de Cobra. En 1949, il épouse Micky Dendal dont il aura deux fils : l'un est le sculpteur Alquin, l'autre écrit. En 1950, prix Hélène Jacquet et prix (ex aequo) Jeune Peinture belge. En 1951, il s'établit à Paris, où il mange de la vache enragée, la partageant d'ailleurs parfois avec ses amis, dont A. Jorn, le grand peintre danois. Il étudie la gravure avec Hayter (Atelier 17). En 1954, première exposition à Paris (Nina Dausset). En 1955, un voyage au Japon le marque profondément. Il réalise un film, "Calligraphie japonaise". 1958, contrat avec la galerie de France. 1961, premier voyage à New York; il peint au Chelsea Hotel et dans l'atelier de Walasse Ting. 1962, première exposition à New York (Lefebre gall.). 1965, s'initie à la peinture à l'acrylique sur papier (qu'il maroufle sur toile) qui sera longtemps, avec l'encre de Chine, son medium préféré. Il participe, à l'invitation d'A. Breton, à la dernière exposition du surréalisme; il voyage au Mexique. 1969, première rétrospective à Bruxelles (palais des beaux-arts); voyage aux Canaries. 1970, film de L. de Heusch, révélateur de sa technique. 1973, voyage en Turquie; mort de son père qui a soutenu ses débuts. 1975, il brûle deux cents tableaux "non résolus". 1976, prix Andrew Mellon (Etats-Unis) pour l'ensemble de son œuvre. 1978, entre à la galerie Maeght (devenue galerie Lelong, Paris). 1980, voyage au Mexique. 1983, professeur chef d'atelier à l'école nationale des beaux-arts (Paris). 1984, grand prix national des Arts et Lettres pour la peinture en France. 1987, rétrospective partielle au Guggenheim (New York), reprise en 1988 aux musées royaux des beaux-arts de Belgique à Bruxelles. 1988, installe un nouvel atelier en Provence. Ses débuts relèvent d'une semi-abstraction végétale dans l'esprit de L. Van Lint. Il évolue grâce à Cobra. Tout ce qu'il vit, ses livres favoris, les artistes et les poètes qu'il aime, les objets qu'il élit, ses voyages, le hasard ou les coïncidences, passionnément guettés, fécondent son pinceau. 1960, un "Hommage à Ensor" remporte le prix Hallmark (Etats-Unis). 1961, une toile significative, "Alice grandit" (coll. de l'artiste), est inspirée par Lewis Carroll. 1965, son voyage au Mexique, ainsi que le voyage postérieur aux Canaries, lui apporte le thème des volcans qui se fondra avec la coiffure à plumes des gilles de Binche pour lui inpirer une famille d'œuvres très dynamiques. 1965, "Central Park (New York)" (coll. de l'artiste), vu d'en haut, tranformé en un crapaud monstrueux, engendre une de ses peinture les plus célèbres. Pour la première fois, il entoure le motif central d'un double encadrement de "remarques marginales", foisonnement de croquis à l'encre de Chine, commentaires, précisions, anecdotes ou coq-à-l'âne autour de l'idée principale. Mai 68 déclenche le "Journal imaginiste" (Bougival, coll. de l'artiste). A partir de 1969, la roue, la sphère, le labyrinthe l'inspirent (e.a. "Astres et désastres", estampes). Il travestit des actions dévaluées ("Krach", 1973, Paris, coll. privée). D'anciens actes notariés, de vieilles factures, des lettres d'affaires, calligraphiés aux dix-huitième et dix-neuvième siècles par des inconnus sur papier jauni, le sollicitent. Il est motivé par les jeux de mots et les rapports avec l'inconscient. Des pelures d'orange se transforment en personnages. D'anciennes cartes de navigation deviennent des supports. Parfois, parodiant la B.D., il campe férocement des bonshommes et les dote de bulles historiées non moins féroces. Il travaille "à quatre mains" avec des amis artistes dont Jorn, Appel, Dotremont, Arman et Walasse Ting qui lui a appris la manière chinoise de peindre le papier au sol, le corps mobilisé, à toute vitesse. Cette technique rejoint dans l'inconscient l'automatisme surréaliste, d'où l'intérêt d'A. Breton. Il est complice des poètes : J. Mansour, M. Butor, L. Scutenaire, J.C. Lambert, entre autres, et surtout C. Dotremont, dont il parraine l'apparition des logogrammes à la galerie de France. Sa verve narrative ressemble parfois à du laisser-aller mais dissimule son savoir-faire. Son humour et son agilité évoquent le Chinois Sengaï (dix-huitième siècle). Parmi ses contemporains, il a des affinités avec Jorn et Bram Van Velde. A partir de 1982, il retourne à la pratique des grandes encres et les borde de petites touches colorées quasi impressionnistes. En 1985, les grilles ouvragées qui, sur les trottoirs, donnent accès aux canalisations souterraines, accrochent son imagination; il en fait des estampages et les introduit dans ses peintures, retrouvant, avec ses "tampons de regard" le motif circulaire érigé en mandala. Récemment il a repris goût à la peinture à l'huile sur chevalet. Une certaine sérénité lui vient avec les années. La dualité penser/peindre, la simultanéité ou l'enchevêtrement de ces deux comportements - psychique, physique - sont la clé de sa créativité. Sa notoriété ne cesse de grandir et ses prix de flamber. Il est représenté dans les principaux musées du monde et largement à Bruxelles, où il a fait plusieurs dons de séries de dessins. Sa plus grande peinture à l'huile, “Le dernier jour" (1964), appartient au musée d'Anvers.

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