PROVOST, Jan
Mons, vers 1465 - Bruges, 1529
Peintre de sujets religieux et de portraits, occasionnellement cartographe, architecte et décorateur. D'après E. Vanden Bussche, Jan Provost se serait déjà installé à Bruges en 1492. Après un bref séjour à Anvers, où il fut admis comme maître à la gilde des peintres en 1493, on le retrouve l'année suivante à Bruges. On peut supposer que, comme à Anvers, il y fut immédiatement admis à la gilde des peintres. Toutefois, les registres matricules manquent pour la période allant de 1493 à 1498. En 1497 il épousa à Valenciennes Jeanne de Quaroube, veuve de Simon Marmion. Ayant perdu sa femme en 1506, il convola avec Madeleine de Zwaef dont il eut un fils, Adriaan, qui deviendra également peintre. Après le décès de sa deuxième femme (avant le 20 janvier 1509), il épousa Catharina Beaureins (morte avant janvier 1528), dont il eut trois enfants : Thomas, peintre verrier, Anna et Maria. Le nom de la quatrième épouse de Provost n'est pas connu. Ce mariage fut de courte durée, Provost étant lui-même décédé à peine un an après sa troisième femme. W.H.J. Weale, qui découvrit la plupart des documents concernant J. Provost, précise dans le "Burlington" de 1903 que Provost aurait acquis la franchise à Valenciennes en 1498. Cette donnée biographique est reprise par plusieurs auteurs (sauf M.J. Friedländer). Toutefois Weale n'en fait plus mention dans ses publications ultérieures, ce qui porte à croire que cette donnée est inexacte. Les documents d'archives permettent de suivre les activités de Jan Provost à Bruges, où les édiles et les instances religieuses se sont, en différentes occasions, adressés au peintre. En 1509, il travaille pour l'église Saint-Donatien, entre autres aux armoiries des chevaliers de la Toison d'Or; la même année, il s'engage à fournir un tabernacle peint pour l'église Notre-Dame; en 1511 la gilde du clergé du chœur de Notre-Dame lui passe commande d'un drapeau; en 1515, la ville de Bruges le charge d'un travail topographique; en 1516, il dessine un projet pour la voûte du chœur de l'église Saint-Jacques; en 1520, à l'occasion de la Joyeuse Entrée de Charles Quint comme roi des Romains, il s'occupe de la décoration de la rue Haute et se charge de la réalisation de la sixième "estrade"; en 1524 on le retrouve à l'église Saint-Donatien, pour laquelle il peint un retable d'autel; en 1525, les magistrats brugeois lui commandent un "Jugement dernier", destiné à être placé dans la salle échevinale; de 1525 à 1528, les magistrats du Franc le consultent à plusieurs reprises au sujet de la décoration de leur salle échevinale et entre 1527 et son décès, Provost exécute le tableau du maître-autel de l'église Saint-Gilles à Bruges. Ces multiples commandes témoignent de l'estime dont Provost jouissait à Bruges. Il occupa d'ailleurs, à plusieurs reprises, des fonctions dans la gilde des peintres et selliers : il y fut "vinder" en 1501/1502, 1507/1508, 1509/1510, 1514/1515, gouverneur en 1511/1512 et doyen en 1519/1520 et 1525/1526. Cette dernière fonction lui donna sans doute l'occasion de rencontrer A. Dürer à Anvers en septembre 1520 et de l'accompagner le 6 avril 1521 à Bruges, où il offrit le lendemain au peintre allemand un somptueux banquet. La réputation de Jan Provost paraît avoir dépassé les limites de la ville de Bruges. Du moins si l'on peut identifier notre peintre avec le "Maître Jehan Preuvost de Mons en Hainault" qui fut désigné en 1511 comme expert par le Conseil du Brabant dans un procès contre Josse van Grimberghe et Jacques Timmerman, deux peintres bruxellois, au sujet de travaux exécutés dans le chœur de l'église du Sablon à Bruxelles. "Le Jugement dernier" (act. Bruges, Groeningemus.), que W.H.J. Weale avait pu identifier grâce à des documents, servit à G. Hulin de Loo pour la reconstitution de l'œuvre de Jan Provost. Parmi les œuvres qu'il put ainsi attribuer à Provost, Hulin de Loo proposa d'identifier au tableau peint en 1524 pour l'église Saint-Donatien la "Deipara Virgo" de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg qui deviendrait ainsi une deuxième œuvre documentée. Sans doute Jan Provost a-t-il été formé dans l'entourage de Simon Marmion. A Bruges, il a dû être confronté avec les œuvres tardives de Jan Memling, décédé l'année même de son arrivée, et avec les tableaux de jeunesse de Gérard David, qui y avait son atelier depuis dix ans. Il n'en garde pas moins un style très personnel, où une certaine "horror vacui" le pousse à remplir la surface picturale et à la rendre très touffue, et où la perspective est soulignée par une gradation des figures dans l'espace. Dans quelques compositions plus dépouillées, le peintre atteint une réelle monumentalité. L'influence italianisante, à cette époque déjà très prononcée à Anvers, se limite dans les œuvres tardives à quelques rares éléments architecturaux, d'ailleurs assez hybrides.
Rédacteur
- Pauwels, Henri
Collections
- Rijksmuseum (Amsterdam)
- Upton House (Banbury)
- Staatliche Museum zu Berlin (Berlin)
- Musée Groeninge (Bruges)
- Musée Memling Hôpital Saint-Jean (Bruges)
- Thyssen-Bornemisza Foundation (Castagnola)
- Museo Civico (Crémone)
- Hessisches Landesmuseum (Darmstadt)
- Detroit Institute of Arts (Detroit)
- The Nat. Gall. of Scotland (Edimbourg)
- Eglise paroissiale (Ellezelles)
- Städel (Francfort-sur-le-Main )
- Palazzo Bianco (Gênes )
- Bisschoppelijk Museum (Harlem)
- Hamburger Kunsthalle (Hambourg)
- Collection royale (Hampton Court)
- Staatliche Kunsthalle (Karlsruhe)
- Mauritshuis (La Haye)
- Museu Nacional de Arte Antiga (Lisbonne)
- National Gallery (Londres)
- Galleria nazionale della Sicilia (Palerme)
- Louvre (Paris)
- John G. Johnson Coll. (Philadelphie)
- Galleria Alberoni (Plaisance)
- Museum Boijmans-van Beuningen (Rotterdam)
- St-Louis Art Mus. (Saint-Louis)
- Ermitage (Saint-Pétersbourg)
- Nat. Trust (Stourton)
- M.B.A. (Strasbourg)
- Sterling and Francine Clark Art Inst. (Williamstown)
- Kunsthaus (Zurich)
- Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles)
- Museo Nacional del Prado (Madrid)
Bibliographie
- W.H.J. Weale, Jean Prevost, peintre, in Le Beffroi, IV, 1872-1873, pp. 205-215; Het Laatste Oordeel door Jan Prevost. De Christelijke Kunst in Holland en Vlaanderen, Amsterdam, 1889, pp. 53-54.
- E. Vanden Bussche, Jean Prevost, peintre du XVe siècle, in Ann. du Cercle archéol. de Mons, XXIII, 1892, pp. 183-188.
- G. Hulin de Loo, Quelques peintres brugeois de la première moitié du XVIe siècle, in L'Art et la Vie, 5e livr., 1902, pp. 5-40.
- W.H.J. Weale, Early Painters of the Netherlands, in The Burlington Magazine, II, 1903, pp. 144-169.
- R. A. Parmentier, Bronnen voor de Geschiedenis van het Brugsche Schildersmilieu in de XVe eeuw. XIX, Jan Provost, in Rev. B.A.H.A., XI, 1941, pp. 97-110.
- M.J. Friedländer, E.N.P., X, 1973, pp. 85-94, 111-117.