POURBUS, Pieter

(POERBUS, POEDERBUSSE)
Gouda ?, 1523/1524 - Bruges, 1584


Connu pour ses portraits, il ne fut pas moins actif comme peintre de compositions religieuses et profanes, s'occupant par aillleurs d'architecture, d'arts appliqués et de décorations à l'occasion de festivités. Comme bon nombre de ses contemporains, il réalisa des travaux de circonstance, tout en déployant des talents de cartographe et d'ingénieur des ponts et chaussées. C'est en cette qualité qu'on fit appel à lui pour régler des problèmes stratégiques. Sa vie est bien connue à travers de nombreux documents. Selon le témoignage de C. van Mander (1604), dont il était probablement l'ami, Pourbus s'établit dès sa prime jeunesse à Bruges. Dans la première moitié du XVIe siècle, cette ville connaissait encore une grande prospérité et offrait aux artistes d'excellentes perspectives. En 1543, il est inscrit comme maître à la gilde de Bruges avec la mention "ende es vremde". Il devient rapidement l'artiste le plus important de cette ville. Il prit une part active à la vie sociale brugeoise, entretenant des contacts avec le milieu des rhétoriqueurs, devenant, à partir de 1544, membre de la gilde des arbalétriers de Saint-Georges. Il occupa à plusieurs reprises des fonctions dans la gilde des peintres : six fois il fut juré et par deux fois, en 1569/1570 et en 1580/1581, doyen. La tradition veut qu'il fut également doyen l'année de sa mort. En 1580, il fut responsable du quartier Saint-Nicolas où il demeurait. On pourrait en déduire qu'il soutint le gouvernement calviniste alors en place. Tant de son vivant qu'après sa mort, il fut comblé d'honneurs. Sa veuve jouit d'une pension publique; le portrait de Pourbus se trouvait dans la pièce principale de la gilde. Bien qu'aucune source ne donne d'indications sur les éventuelles fonctions de peintre officiel qu'il a pu remplir, il semble avoir entretenu des liens particuliers avec le gouvernement du Franc de Bruges, pour lequel il réalisa par ailleurs des commandes cartographiques. En dehors de la clientèle flamande, les membres des nations espagnoles restés à Bruges formaient un groupe important de commanditaires de ses tableaux qu'ils expédiaient ensuite en Espagne. Quelques rares témoignages du moins le font penser. Nous ne connaissons rien de la formation de Pourbus. Son style comporte des réminiscences de J. van Scorel. On peut penser que c'est grâce à ce dernier qu'il rencontra à Bruges Lancelot Blondeel, sous la direction duquel il travailla dans un premier temps, même quelques années après avoir obtenu sa maîtrise. Le tableau non signé "Les sept joies de Marie" (vers 1545, Tournai, cath. N.-D.) est la seule œuvre de cette période qu'on peut lui attribuer avec certitude. Pourbus épousa Anna, la fille de Blondeel, avant 1544-1545, année où naquit leur enfant unique, Frans. En 1552, il acquit la maison "Rome" dans la rue du seigneur Jan Mirael. Il y installa un atelier qu'admira Van Mander : "Nooyt heb ick ghesien bequamer Schilderswinkel als hij hadde." Il y forma son fils Frans l'Ancien, ainsi que son petit-fils Frans le Jeune (après 1581). A. Claeissens et un certain Hubeken Boren furent ses élèves. Sa première œuvre datée est la "Dernière cène" (1548, coll. priv.). En 1549, il réalisa un triptyque représentant le "Baptême du Christ" (coll. priv.). Les débuts de la réussite professionnelle et artistique de Pourbus remontent à 1549, lors de la Joyeuse Entrée à Bruges du prince Philippe d'Espagne (futur Philippe II) et de Charles Quint. A cette occasion, il réalisa la décoration du Franc de Bruges (Blondeel, son beau-père, se chargea de la décoration de la ville de Bruges). Il se manifesta comme un rénovateur des arts par l'application rigoureuse des idéaux de la Renaissance d'inspiration vitruvienne (on peut le comparer à F. Floris à Anvers). Mais en dépit de cela, Pourbus resta fidèle, tant par la technique que par le traitement des thèmes, aux traditions de l'école brugeoise. Aussi, la littérature sur l'art le considère souvent comme le dernier représentant des Primitifs flamands. Des œuvres telles que l'"Allégorie de l'amour matrimonial" (Londres, Wallace Coll.), le "Jugement dernier" de 1551 (Bruges, Groeningemus.) et les portraits de "Jan van Eyewerve" et "Jacquemine Buuck", également de 1551, (ibidem), en font un artiste précurseur. C'est avec ces œuvres que Pourbus atteignit son apogée artistique, qui se prolongea au-delà de la décennie suivante. L'"Annonciation" de 1552 pour le mausolée de Marguerite d'Autriche à Bruges (Gouda, Sted. Mus.), les portraits de la "Confrérie du Saint-Sang" de 1556 (Bruges, Mus. van het Heilige Bloed), le "Triptyque Van Belle" de 1556 (Bruges, St-Jacobskerk) et le "Triptyque de la Confrérie du Sacrement" de 1559 (Bruges, St-Salvatorskerk) sont là pour le confirmer. Pourbus fut par ailleurs un portraitiste de premier rang et un pionnier en ce qui concerne le portrait de groupe. A la fin des années cinquante, sa technique évolua, vraisemblablement sous l'influence de l'Anversois F. Floris, vers un style plus pictural. En témoignent l'"Adoration du Veau d'Or" (Dublin, Nat. Gall. of Ireland) et les portraits de "Pieter Dominicle" et "Livina Van der Beke" (coll. priv.). Dans le courant des années soixante, son style se raidit progressivement. Durant cette période (de 1561 à 1571), il se voua à la réalisation de la "Grande carte du Brugse Vrije" (fragments conservés à l'Arentshuis à Bruges). La grisaille avec la "Déposition de croix" de 1570 (Bruges, Groeningemus.) et le "Triptyque De Damhouder" de 1574 (Bruges, O.L.V.-kerk) indiquent clairement que Pourbus, à la fin de sa carrière, a perdu de son élan artistique sans pour autant abandonner son sens aigu de la qualité. De cette période date également une longue série de portraits de la bourgeoisie de Bruges. Le portrait de "Jacob van der Gheenste" de 1583 (Bruxelles, M.R.B.A.B.) résume de manière frappante le dernier style de Pourbus. L'œuvre de Pourbus comprend une quarantaine d'œuvres signées, et/ou documentées. On peut ajouter à cela une trentaine d'attributions. Son œuvre cartographique comprend près de vingt-cinq pièces. Pourbus nous a laissé aussi quelques dessins. Par leur style, ils rejoignent ceux de J. Swart et L. van Noort. Le modello du "Vidimus" pour le "Triptyque Van Belle" (Paris, Ecole nat. sup. des B.A.) mérite d'être mentionné. Historiquement, Pourbus demeure un homme passionnant, appartenant à la génération qui a connu le déclin économique de Bruges. Son fils Frans I sera également peintre.

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