PORTAELS, Jean
Vilvorde, 1818 - Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles), 1895
Peintre d'histoire, de scènes religieuses, de compositions orientalisantes et de portraits. Une des personnalités marquantes du monde artistique et académique du XIXe siècle belge. Portaels, qui apparaît sur le plan artistique comme un personnage de transition, poursuit tout au long de sa vie une carrière académique exemplaire dans la capitale. De préférence à l'académie d'Anvers, qui prône le romantisme depuis que Wappers en assure la direction, il choisit l'académie de Bruxelles qui incarne le courant néo-classique à travers Navez, son directeur et premier professeur de peinture. Ce dernier lui inculque un métier solide qui s'affirme dès les premières œuvres exposées au salon de Bruxelles (1839). Grâce à son maître, Portaels entretient, dès ses premiers séjours à Paris, des contacts privilégiés avec différents peintres officiels français tels que Ingres, Picot, Beaume et Seurre. Parallèlement, l'enseignement de Delaroche l'ouvre au romantisme et les œuvres de Delacroix lui font découvrir la peinture orientalisante. Prix de Rome en 1842, il visite l'Allemagne et séjourne en Italie en compagnie de son condisciple Robert (1843-1844). Comme tout pensionnaire, il y exécute - outre ses envois réglementaires - des copies ou des esquisses d'après des maîtres anciens, ainsi que des compositions ou des croquis d'après nature. Ces œuvres, dont le style n'accuse pas de notable évolution, se différencient peu de la production des autres pensionnaires belges. Grâce au soutien paternel, Portaels parcourt également l'Europe septentrionale et centrale, la Grèce, l'Espagne, le Proche-Orient et l'Afrique du Nord qui le séduit tout particulièrement (1844-1847). De ses voyages d'études, il rapporte une moisson de croquis exécutés sur le vif, documents de référence qu'il utilisera tout au long de sa carrière. En Belgique, ses envois de Rome l'ont déjà fait remarquer; ses premières œuvres orientalisantes qui s'ouvrent au réalisme - "La Sécheresse en Judée, Le simoun" (1847, Bruxelles, M.R.B.A.B.) et" La fille de Sion" (s.d., Bruxelles, M.R.B.A.B.; Salon de Gand 1847) -, lui assurent le succès au point que le poste vacant de directeur de l'académie de Gand lui est confié avec empressement. Dès 1850, il abandonne cette charge, qui paraît sans grand avenir pour lui, et s'installe à Bruxelles. Son mariage avec Marie Navez (1849) resserre les liens privilégiés qu'il entretient avec son maître. Ce dernier voit en son gendre son successeur comme chef de file de l'école bruxelloise et comme directeur de l'académie. Portaels poursuit une carrière brillante d'artiste et d'homme du monde. Dans ses œuvre, il actualise des thèmes inspirés de l'Ancien et du Nouveau Testament en les situant dans leur cadre réel ("Judith", 1872, Anvers, K.M.S.K.). Parallèlement, ses portraits peints avec adresse s'inscrivent dans une tradition que beaucoup de ses élèves reprendront ("Portrait de Madame Norga, la dame au paon", 1890, Bruxelles, M.R.B.A.B.). Influencé par l'exemple allemand et français, il tente de réintroduire la peinture murale en Belgique. Devant les difficultés techniques et le peu de succès rencontré par les premiers essais dans le milieu officiel, il abandonne ses autres projets de décoration murale. Il démissionne de son poste de professeur à l'académie de Bruxelles (1863-1865), afin de se consacrer entièrement à son atelier libre installé en 1858 dans une maison appartenant à son beau-père. Ses dons pédagogiques favorisent l'épanouissement de nombreux talents. Après quelques séjours à l'étranger, il est nommé directeur et premier professeur de peinture de l'académie de Bruxelles (1878). Elu membre de la classe des beaux-arts de l'Académie royale de Belgique dès 1855, il en devient directeur en 1878. Il propose alors une réforme profonde du règlement du prix de Rome, dans le sens d'une plus grande liberté. Entre 1885 et 1886, il signe encore deux vastes compositions religieuses à connotation symboliste (Bruxelles, égl. Jacques-sur-Coudenberg). En privilégiant les effets bénéfiques de la carrière professorale de Portaels, la fortune critique du peintre a tendance à minimiser les autres aspects de sa personnalité artistique. Or, il apparaît que le rôle joué par Portaels dans le milieu culturel belge du XIXe siècle est primordial à plus d'un égard.
Rédacteur
- Ogonovszky - Steffens, Judith
Collections
- Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers (Anvers)
- Musée des Beaux-Arts de Mons (Mons)
- Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles)
- Musée des Beaux-Arts de Charleroi (Charleroi)
- Stedelijk Museum Wuyts-Van Campen en Baron Caroly (Lierre)
Bibliographie
- Ancien atelier Portaels. Catalogue, Bruxelles, 1883.
- L. Solvay, Notice sur J.F. Portaels, in Ann. de l'Acad. roy. de Belgique, Bruxelles, 1903.
- P. Lambotte, Les peintres de portraits, Bruxelles, 1913.
- Gustaaf Wappers en zijn school, cat. exp. K.M.S.K., Anvers, 1969.
- Jean Portaels et ses élèves, cat. exp. M.R.B.A.B., Bruxelles, 1979.
- J. Ogonovszky, La décoration du fronton de l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg à Bruxelles, in Ann. H.A.A. de l'U.L.B., VII, 1985.
- Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. 275 ans d'enseignement, cat. exp. M.R.B.A.B., Bruxelles, 1987, pp. 210-214 et passim.