PATINIER, Joachim
(PATENIER, PATINIR)
Dinant ou Bouvignes, dernier quart duXVe siècle - Anvers, 1524
Peintre de compositions religieuses accordant une place importante au paysage; par là même, l'un des principaux initiateurs de la peinture de paysage dans l'art occidental. Sa biographie est mal documentée. Patinier provenait vraisemblablement du pays mosan, soit de Dinant (autrefois dans la Principauté de Liège), soit de Bouvignes (petite localité proche, mais relevant, quant à elle, du Comté de Namur) : les sources se contredisent à ce sujet. On ignore tout des débuts de l'artiste. Sans doute celui-ci avait-il déjà accumulé une certaine expérience lorsqu'il s'inscrivit comme franc-maître à la gilde de Saint-Luc à Anvers, en 1515. A partir de là et jusqu'à sa mort, il semble avoir été actif dans la métropole scaldienne. Il y acheta une maison le 31 mars 1520. De ses deux mariages, d'abord avec Francisca Buyst, fille d'un peintre obscur de Termonde, puis avec une certaine Johanna Noyts, il eut trois filles. Il mourut en 1524 : dans un document daté du 5 octobre 1524, Johanna Noyts est mentionnée comme sa veuve. De son vivant, Patinier semble avoir joui d'une certaine notoriété. Il entretint des contacts avec Dürer lorsque celui-ci effectua un séjour aux Pays-Bas, en 1520-1521. Le peintre allemand exécuta son portrait, lui offrit gravures et dessins, ainsi qu'une œuvre de Hans Baldung Grien. Dans son journal de voyage, il rapporte avoir été convié à la fête que Patinier donna lors de ses secondes noces, le 5 mai 1521. Q. Metsys fut aussi un proche de Patinier. A la mort de celui-ci, il devint le tuteur de deux de ses filles. Cinq tableaux portant la signature de Patinier sont parvenus jusqu'à nous. Parmi les nombreux autres qui sont attribués au peintre, une quinzaine seulement sont réellement de sa main. Encore les personnages y ont-ils été parfois exécutés par des collaborateurs (J. van Cleve et Q. Metsys, notamment). Dürer appelait Patinier "le bon paysagiste". Le fait mérite d'être souligné. Patinier fut en effet l'un des premiers peintres occidentaux à bénéficier d'une reconnaissance dans cette spécialité. Ses compositions ont toujours un sujet religieux, mais le paysage y occupe une place prépondérante. Avec ses cours d'eau qui serpentent entre des coteaux verdoyants, ses massifs rocheux aux contours inattendus, il n'est pas sans évoquer la région natale de l'artiste. Celui-ci visait pourtant à restituer une réalité conceptuelle, plus que proprement visuelle. Ses tableaux montrent des assemblages artificiels de motifs conventionnels dotés d'une signification symbolique en rapport avec leur thème religieux. Pareils à des rébus, ils renferment les fragments épars d'un message que le spectateur est censé reconstituer, au terme d'un patient décryptage. Par ailleurs, ils concrétisent un idéal du paysage profondément ancré dans les esprits à la Renaissance. Ils réunissent les composantes les plus variées, villes et villages, champs, forêts, montagnes, fleuves; par la présence systématique d'un estuaire ouvrant sur la mer, ils suggèrent des prolongements infinis. Ils apparaissent ainsi comme des condensés du monde visible : on les qualifie d'ailleurs souvent de "cosmiques". Du point de vue formel, ils s'apparentent encore aux œuvres des Primitifs flamands. Les détails y sont traités suivant l'angle qui leur assure le maximum de lisibilité, et avec un degré de précision constant, quel que soit leur éloignement. Patinier méconnaît donc les règles de perspective chères à la plupart des peintres de son temps. Dans ses tableaux, la profondeur est suggérée par l'usage de trois couleurs dont la gradation détermine des plans successifs : à l'avant la dominante est brune; elle devient verte ensuite, et bleue enfin, dans les lointains. En l'absence de jalons dûment datés, l'établissement d'une chronologie reste hypothétique. Certaines œuvres présentent des paysages élémentaires, dépourvus d'unité et de profondeur : on propose d'y voir des productions antérieures à 1515. C'est le cas, par exemple, du "Paysage au saint Jérôme" de Karlsruhe, et du "Paysage avec fuite en Egypte" d'Anvers. Par leur qualité d'élaboration compositionnelle et chromatique, des paysages tels que le "Baptême du Christ" de Vienne, ou le "Paysage au saint Jérôme" du Prado, seraient représentatifs de la phase de maturité. Le "Paysage avec la barque de Charon", le "Paysage avec la tentation de saint Antoine" et le "Paysage avec saint Christophe" de l'Escurial, quant à eux, témoigneraient de l'accomplissement ultime de l'activité de Patinier. Le peintre fut tenu en haute estime au XVIe siècle. Evoqué par G. Vasari (1550), L. Guicciardini (1567), C. van Mander (1604), G.P. Lomazzo (1584), il fit l'objet d'une appréciation particulièrement élogieuse sous la plume de l'Espagnol Felipe de Guevara (avant 1563), qui le considérait comme l'un des trois plus grands peintres "flamands", à côté de Jan van Eyck et de Rogier van der Weyden. Il tomba ensuite dans l'oubli et ne fut redécouvert qu'au XXe siècle.
Rédacteur
- Allart, Dominique
Collections
- Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers (Anvers)
- Maison Rockox (Anvers)
- Staatliche Museum zu Berlin (Berlin)
- El Real monasterio del Escurial (L’Escurial)
- Staatliche Kunsthalle (Karlsruhe)
- National Gallery (Londres)
- Metropolitan Museum (New York)
- Louvre (Paris)
- John G. Johnson Coll. (Philadelphie)
- Museum Boijmans-van Beuningen (Rotterdam)
- Kunsthist. Mus. (Vienne)
- Kunsthaus (Zurich)
- Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles)
- Museo Nacional del Prado (Madrid)
Bibliographie
- R.A. Koch, Joachim Patinier, Princeton, 1968.
- M.J. Friedländer, E.N.P., XIII, 1973, pp. 99-100 et 120-124.
- R.L. Falkenburg, Joachim Patinir: the Landscape as an Image of the Pilgrimage of Life, Amsterdam-Groningue, 1987.