MOR, Anthonis

(MOR VAN DASHORST, MOOR, MORO, MORUS) (Antonis, Antonie, Anthonie, Antonio)
Utrecht ?, 1516/1519 - Anvers, 1575 ?


Peintre de portraits et de sujets religieux. Fils du peintre Philips Morren van Dashorst et de Lijsbeth Evertsdr. van der Beck. Deux de ses frères devinrent plus tard hallebardiers de Philippe II. Anthonis lui-même reçut sans doute sa formation de peintre dans sa ville natale, auprès de Jan van Scorel. Des examens de laboratoire ont en tout cas montré qu'A. Mor peut avoir collaboré à trois retables exécutés par son maître pour l'église abbatiale de Marchiennes-sur-la-Scarpe (France). On ignore cependant s'il était encore son élève à ce moment (1540/1541). En 1540, le peintre est en tout cas cité comme époux de Aertgen ou Arnolda, dont il eut quatre enfants : Philips, Elisabeth, Catharina et Hester. D'après E. Groenenveld, il est possible qu'il se rendit ensuite à Rome (1542-1543). Cette hypothèse est confirmée par un document, certes non daté, attestant sa présence en Italie, et par la datation de sa première œuvre connue (1544). Il s'agit d'un double portrait des chanoines d'Utrecht "Cornelis van Horn" et "Anthonis Taets van Amerongen", représentés comme des pèlerins de Jérusalem (Berlin, Staatl. Mus.). Autant par la technique que par la composition, l'œuvre rappelle les séries des pèlerins de Jérusalem peintes par Jan van Scorel (1524/1541).En 1546, A. Mor fut payé pour un triptyque représentant une "Résurrection", qui fut placé dans l'abbaye Marieënweerd, près de Culemborg (Pays-Bas) C. van Mander (1604) affirme également que Mor peignit une "Résurrection" où le Christ est entouré de deux anges et des apôtres Pierre et Paul. Ce tableau doit sans doute être mis en relation avec une copie signée et datée (1556), qui fut retrouvée jadis par Henri Hymans dans la collection Drooglever à Nimègue (aujourd'hui coll. priv.). L'original fut retrouvé plus tard par K. Langendijk au musée Condé à Chantilly. Un "Apôtre Pierre" de 1563 est en outre conservé à Rome (Gall. Pallavicini). Dix ans plus tard, Mor peignit, semble-t-il, un retable représentant une "Crucifixion", signé et daté (Valladolid, Mus.). D'après C. van Mander et G. Marlier, Mor aurait encore peint, un an avant sa mort, une "Circoncision" pour la cathédrale Notre-Dame d'Anvers.Il reste pourtant que la réputation d'A. Mor lui vint surtout de ses portraits. Ce fut certainement le cas à partir de 1547, quand il abandonna tous ses biens pour s'inscrire à la gilde de Saint-Luc à Anvers. Même sa femme et ses enfants restèrent à Utrecht. Quittant la ville portuaire, il gagna ensuite le centre administratif des Pays-Bas. On ignore si Mor fut appelé à la cour de Bruxelles ou s'il se rendit là-bas de sa propre initiative, à l'occasion des préparatifs (1549-1550) qui préludèrent aux fêtes de la Joyeuse Entrée de Philippe II. Il est pourtant établi qu'en 1549, il exécuta notamment les portraits du "Cardinal Granvelle" (Vienne, Kunsthist. Mus.) et du "Duc d'Albe" (New York, Soc. hispanique). Peu auparavant, Titien, le maître du portrait vénitien, avait déjà immortalisé Granvelle sur la toile. Pour les deux portraits cités plus haut, Mor s'est inspiré de l'œuvre du maître, qu'il connaissait sans doute par l'intermédiaire de son commanditaire et grâce à l'importante collection de portraits de Marie de Hongrie. Une atmosphère tout à fait différente se dégage pourtant des œuvres de Mor. Alors que le peintre italien adopte une manière beaucoup plus synthétique et développe un style exubérant et une touche épaisse, Mor reste fidèle à la technique de ses ancêtres. C'est avec le même soin méticuleux qu'il s'applique à analyser la psychologie de ses modèles et à la souligner par la précision de chaque coup de pinceau. Les touches se fondent en un seul portrait de caractère, splendide et pénétrant. Même si le peintre se contente d'une palette réduite pour conserver l'harmonie, il parvient à obtenir un coloris délicat et expressif grâce à de subtiles variations d'intensité.Ces caractéristiques peuvent aussi être appliquées aux œuvres de Mor peintes vers 1549/1550, qui sont connues par un document de 1553 : un portrait de "Philippe II" (1549, coll. priv.), le portrait d'"Eléonore de France" et celui d'autres personnages de haut rang. Ses élèves, Conraet Schot et Alonso Sànchez Coello, de même que Hans Maes, son assistant le plus important, suivirent la création de ces tableaux.En 1550, Mor partit avec Sànchez Coello pour le Portugal, en traversant l'Espagne. A Valladolid, il fit les portraits du fils de Philippe II, "Don Carlos", âgé de cinq ans, de "Maximilien d'Autriche" (Madrid, Prado), de son épouse "Maria" (Madrid, Prado) et de leur fille "Anna", âgée d'un an. Des cinq portraits des membres de la famille royale qu'il exécuta ensuite à Lisbonne, seul est conservé le portrait de la reine "Catherine" (Madrid, Prado).Il semble que Mor réussit à maintenir son succès comme peintre de cour, puisqu'à son retour à Bruxelles, la cour l'envoya en 1554 en Angleterre pour exécuter le portrait de la future épouse de Philippe II, Mary Tudor. Durant son séjour à Londres, Mor fit aussi le portrait d'autres membres de la famille royale et rencontra Dominicus Lampsonius, qui était alors le secrétaire privé de l'archevêque de Canterbury, Reginald Pole. Lampsonius fit l'éloge des œuvres de Mor dans de nombreuses épigrammes. Les louanges qui lui furent adressées rejoignaient d'ailleurs l'opinion des contemporains, puisqu'après le voyage en Angleterre, les commandes de portraits continuèrent d'affluer : Mor fit notamment le portrait de "Guillaume d'Orange" (1555, Kassel, Staatl. Kunstsmlg.), d'"Alexandre Farnèse", âgé de douze ans (1557, Parme, Gall. Naz.), du musicien "Jean Lecocq" et "de sa femme" (1559, Kassel, Staatl. Kunstsmlg.). Entre-temps, Mor entreprit aussi, peut-être à Utrecht, d'exécuter son "Autoportrait" (1558, Florence, Uffizi) et peignit son maître, "Jan van Scorel" (1559, Londres, Soc. of Antiquaries). Après la mort de celui-ci en 1562, le tableau fut modifié pour servir au monument funéraire.Après que Mor se fut rendu pour la dernière fois en Espagne, entre 1559 et 1661, il choisit probablement, à son retour, de se fixer à Utrecht. Cela ne l'empêcha pas de voyager encore, à diverses reprises, dans les Pays-Bas méridionaux, et même de se rendre une fois en Angleterre ("Portrait d'un noble avec un chien", Washington D.C., Nat. Gall. of Art). Quand le cardinal Granvelle, protecteur de Mor, quitta définitivement Bruxelles en 1564, le duc d'Albe prit le peintre sous sa protection, trois années plus tard. Anthonis Mor revint finalement à Anvers en 1570 et y resta jusqu'à sa mort. Cette année-là, il fit le portrait d'"Anne d'Autriche", qui allait devenir la quatrième épouse de Philippe II (Vienne, Kunsthist. Mus.). Sans doute eut-il encore, vers cette époque, quelques élèves à ses côtés. En 1572, il veilla en effet à ce que W. van Wybergen fût admis dans la gilde de Saint-Luc à Anvers. D'après Van Mander, J. Beuckelaer travailla aussi dans l'atelier de Mor. Le vivant portrait de "Hubert Goltzius", numismate brugeois, ami de Mor (1574, Bruxelles, M.R.B.A.B.), qu'il exécuta en échange d'un exemplaire d'un "penningboek" (album de médailles), est le dernier tableau conservé de cet excellent portraitiste.

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