MAÎTRE DU DUC DE BEDFORD

(MAÎTRE DE BEDFORD)
Première moitié du XVe siècle


Avec l'atelier du Maître de Boucicaut (Jacob Coene ?), celui du Maître du Duc de Bedford dominait dans une mesure importante la production parisienne de livres pendant la première moitié du XVe siècle. Cet enlumineur anonyme est nommé Maître du Duc de Bedford d'après son commanditaire le plus important, le duc de Bedford alias John de Lancaster, frère du roi d'Angleterre Henri V et, en son nom, régent en France. Un premier manuscrit exécuté pour ce prince est un livre d'heures très richement enluminé (Londres, Brit. Libr., Add. ms. 18850). Pour le même commanditaire, avec des collaborateurs, il enlumina un bréviaire entre 1422 et 1435 (Paris, B.N., ms. lat. 17294). On lui attribue aussi : un livre d'heures (Paris, B.N., ms. lat. 9491), un missel (Paris, Bibl. de l'Arsenal, ms. 624) et un bréviaire (Châteauroux, Bibl. munic., ms. 2). D'un point de vue stylistique, nombreux sont les manuscrits que l'on peut ajouter à ce noyau. Plusieurs mains y travaillèrent; on parle d'ailleurs du groupe Bedford et même d'une tendance Bedford. Cela concerne surtout des livres d'heures mais aussi quelques œuvres littéraires illustrées. La mise en page des manuscrits est typiquement française mais certaines qualités picturales renvoient incontestablement à l'œuvre des Primitifs des Pays-Bas méridionaux tels le Maître de Flémalle (Robert Campin ?) et Jan van Eyck. Ce processus d'influences se renforce au cours du temps et les éléments français s'amoindrissent avec les années. Le maître reprend ses figures vigoureuses au Maître de Flémalle mais aussi certains schémas de composition. Ainsi, par exemple, la "Pietà trinitaire" dans un livre d'heures (Paris, B.N., ms. lat. 1176, fol. 186) qui relève du type Flémalle tel que nous le connaissons par une copie (Louvain, Sted. Mus.). Une influence eyckienne se manifeste nettement dans le paysage ainsi que dans certaines compositions. Le "David en prière" dans certaines compositions en est un exemple évident (Malibu, J. Paul Getty Mus., ms. IX 6, fol. 100; vente Sotheby's, The Bute Collection of forty-two Illuminated Manuscripts and Miniatures, Londres, 13 juin 1983, lot 11, et Oxford, Keble College, ms. 39, fol. 88) : les réminiscences du tableau de Jan van Eyck représentant le chancelier Rolin en prière devant la Vierge (Paris, Louvre) y sont particulièrement claires. Ces éléments ont incité les spécialistes à voir dans le Maître de Bedford un Néerlandais du Sud qui aurait émigré à Paris.

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