BLES, Henri

(MET DE BLES, DE BLES, BLESIUS, BLESIO, CIVETTA, HENRICO DA DINANT) (Herri)
Actif à Anvers, vers 1530 - Ferrare ?, 1560


Peintre de paysages, originaire de la vallée de la Meuse. On ne sait rien de sa vie si ce n'est qu'il fut actif à Anvers entre 1530 et 1560 environ. Il se montre ouvert aux influences de J. Patinier, de Q. Metsys et des paysagistes vénitiens. Il impose l'organisation de la structure de l'espace suivant un axe diagonal, tout en maintenant le vocabulaire propre aux paysages universels de Patinier et aux enlumineurs. Sa peinture reste dominée par des tons terreux pour le premier plan, des verts aux plans intermédiaires qui conduisent vers des fonds lumineux bleutés à reflets jaunes et rougeâtres. Le paysage n'est pas conçu comme une portion de l'univers mais comme une reconstruction de l'univers tout entier réunissant dans une vision unique la montagne, la mer, les forêts, les campagnes et les villes, agrémentées par les activités humaines qui y sont liées. Le détail, toujours réaliste et vraisemblable, se fond dans un ensemble imaginaire dont les composantes, détails pittoresques et parties de paysage, se retrouvent intégrées dans des ensembles réinventés. Après s'être dégagé de l'influence étroite des paysages de Patinier et du Maître des demi-figures, puis s'être illustré dans des fonds de tableaux à personnages de plus grande taille - le "Paysage avec la sainte Famille et Jean-Baptiste enfant" (Bâle, Öffentl. Kunstsmlg.) ou la "Multiplication des pains" (Namur, coll. prov.) -, Bles va produire en série des peintures à sujets semblables sans cesse répétés et retravaillés, étirés en largeur ou concentrés en tondo. Il y introduit, isolées ou en foule, des petites figures principalement d'allure orientale aux vêtements fibreux, vivement colorés avec effets moirés. Il introduit ainsi dans la peinture anversoise des personnages de petite taille d'un type qui reparaît notamment dans l'entourage de P. Aertsen, de J. van Hemessen et du Monogrammiste de Brunswick. Sous l'apparence de l'artiste simplement inspiré par la contemplation de la nature, Bles, qui n'hésite pas à nourrir son inspiration de la littérature antique et humaniste, pratique un art précieux et raffiné, par lequel il accède rapidement au rang de fournisseur des milieux humanistes proches de la Réforme, comme le soupçonnait déjà C. van Mander en 1604, et des cours les plus novatrices d'Italie : Ferrare, où il réside et décède peut-être, Mantoue, Florence, Parme et Venise. Abondante et variée, son œuvre, qui constitue un maillon indispensable entre les maniéristes anversois et Bruegel et les paysagistes de la fin du XVIe siècle, reste encore largement à redécouvrir. On retient en particulier certains sujets qu'il traita à de multiples reprises : "Les travaux de la mine" (Florence, Prague, Graz, Vaduz et Budapest); la "Montée au calvaire" (Rome, Vienne, Princeton, Parme); le "Paysage avec la prédication de Jean-Baptiste" (Bruxelles, Vienne, Dortmund); le "Paysage avec la parabole du bon Samaritain" (Namur, avec date apocryphe); "Les disciples d'Emmaüs" (Anvers, Vienne, Los Angeles) et des sujets plus rares : le "Paradis terrestre" (La Haye); "Isaac bénissant Jacob" (Innsbruck); "Paysage avec l'histoire de David et Bethsabée" (Boston); "Paysage avec le sacrifice d'Abraham" (Cincinnati).

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