MAÎTRE À LA VUE DE SAINTE-GUDULE
Actif à Bruxelles, seconde moitié du XVe siècle
Peintre anonyme actif à Bruxelles vers 1470-1490. Son nom de convention fut donné en 1923 par M.J. Friedländer, sur la base de l'"Instruction pastorale", (Paris, Louvre), représentant la collégiale bruxelloise de Sainte-Gudule. La tour nord inachevée suggère une date d'exécution du tableau antérieure à 1480, confirmée par la mode vestimentaire des personnages. Parmi les peintures attribuées au maître, nous retiendrons la "Vierge et l'Enfant avec donatrice et Marie-Madeleine" (Liège, Mus. Diocésain, vers 1475/1480), "Habiller les mendiants" (Madrid, coll. Thyssen-Bornemisza) et la "Libération des prisonniers" (Paris, Mus. de Cluny), deux panneaux appartenant à la même série d'œuvres de miséricorde, et enfin le "Portrait de jeune homme" (Londres, Nat. Gall.) peint devant le portail de Notre-Dame du Sablon à Bruxelles et le "Mariage de la Vierge" (Utrecht, Rijksmus., Het Catharijneconvent). Dans plusieurs de ces œuvres, le maître privilégie les constructions architecturales et les édifices bruxellois de style gothique brabançon. Certains visages sont individualisés au point d'évoquer des portraits, d'autres marqués par son style expressif tendent à la caricature. De forme cubique pour les hommes jeunes, ils présentent des profils fuyants et des barbes bouclées pour les autres; ceux des femmes sont ronds ou ovales, munis d'une bouche aux lèvres pincées et d'yeux cachés par des paupières assez lourdes. Une attention particulière est accordée aux mouvements agités des mains, tendues et aux longs doigts écartés, et à ceux des corps souvent soumis à des torsions brutales ou figés dans des poses maniérées. Ces caractéristiques confèrent aux compositions un dynamisme nouveau dans la peinture flamande du XVe siècle, encore accru par la recherche de liaisons entre espace intérieur et extérieur. La technique picturale du maître, quoique simplifiée dans sa structure, est assez serrée. Elle se caractérise par une écriture incisive soumise à un jeu formel de courbes et contre-courbes, la précision du détail, des touches nerveuses et graphiques pour animer les surfaces des étoffes, des effets expressifs de facture dans les modelés des visages et enfin par de fins cernes en léger relief qui reprennent les contours des formes. Le maître devait gérer un vaste atelier comptant de nombreux collaborateurs au vu de la production féconde de peintures, entre autres, de volets peints de retables sculptés destinés à l'exportation, qui relèvent de sa manière mais qui sont d'une exécution plus relâchée et d'une écriture plus sèche. De tous les peintres bruxellois du tournant du XVe siècle, le Maître à la Vue de Sainte-Gudule est celui dont la personnalité artistique est la plus affirmée. Son style extravagant se démarque de celui, plus sclérosé, des peintres contemporains aux œuvres encore régies par l'imitation des grands Primitifs flamands. Sa tendance expressionniste valorisant les effets de facture, se rapproche de la sensibilité germanique et fait songer à une influence de cette école de peinture sur son art. Certains auteurs ont également voulu établir une filiation, restant à démontrer, entre ses œuvres et l'enluminure.
Rédacteur
- Perier - D
Collections
- National Gallery (Londres)
- Museo de la coleccion Thyssen-Bornemisza (Madrid)
- Louvre (Paris)
- Musée de Cluny (Paris)
- Museum Catharijneconvent (Utrecht)
- Rijksmuseum (Utrecht)
- Musée d’art religieux et d’art mosan - MARAM (Liège)
- Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles)
Bibliographie
- M.J. Friedländer, Die Brüsseler Tafelmalerei ge- gen den Ausgang des 15. Jahrhunderts, in Belgische Kunstdenkmäler, I, 1923, pp. 317-320.
- P. Lefèvre et O. Praem, Le narthex et les tours de la collégiale de Sainte-Gudule à Bruxelles, in Bull. de la Soc. roy. d'Archéol. de Bruxelles, 1936, pp. 22-26.
- M.J. Friedländer, Der Meister von Sainte Gudule. Nachträ- liches, in Annuaire M.R.B.A.B., 1939, pp. 22-31.
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- M. Davies, National Gallery. Catalogues. Early Netherlandish School, Londres, 1968, pp. 113-115.
- Primitifs flamands anonymes (...), cat. exp., Bruges, 1969, pp. 114-115, 250-255.
- M.J. Friedlän- der, E.N.P., 1969, IV, pp. 62-63, 79-80, 85-86, 90, 99-100 et XIV, Suppl., p. 12.
- N. Reynaud et J. Foucart, Expo- sitions. Primitifs flamands anonymes, in Rev. de l'Art, VIII, 1970, pp. 67-68.
- C. Sterling, Le Maître de la Vue de Sainte-Gudule. Une enquête, in Bull. M.R.B.A.B., 1974-1980, pp. 9-28.
- C. Périer-d'Ieteren, Les volets peints des retables bruxellois conservés en Suède et le rayonnement de Colyn de Coter, Stockholm, 1984, pp. 95- 96.
- M. Comblen-Sonkes, Le Musée des Beaux-Arts de Dijon. Les Primitifs flamands. I. Corpus (...), XIV, Bruxel- les, 1987, pp. 255-265.
- H. Dubois, Sources d'inspiration du Maître à la Vue de Sainte-Gudule et de son atelier, in Ann. d'Hist. de l'Art et d'Archéol. de l'U.L.B., IX, 1989, pp. 39-52.
- J.M. Massing, Three Panels by the Master of the View of Ste-Gudule in the Chapel of Queen's College, Cambridge, in The Burlington Magazine, 133, 1991, pp. 690-693..