LOMBARD, Lambert
Liège, 1505/1506 - 1566
Peintre, architecte, humaniste, numismate, maître d'une académie. Apprenti à Anvers chez Jan ou Arnould de Beer, il poursuit sa formation à Liège et à Middelbourg et subit l'influence des italianisants J. Gossart et J. van Scorel. A partir de 1532, il est mentionné comme peintre du prince-évêque Erard de La Marck. En 1537, il part pour Rome dans la suite du cardinal anglais Reginald Pole. Le cercle de ce prélat, connu pour sa profonde religiosité et pour ses études humanistes, l'influence profondément. Lombard étudie la statuaire antique, les œuvres de la Renaissance et rencontre notamment F. Salviati et B. Bandinelli. De retour à Liège (1538/1539 ?), il fonde une académie qui devient un centre d'attraction et que fréquentent F. Floris, W. Key, L. Suavius, D. Lampsonius, H. Goltzius, J. Ramey et P. Furnius. A l'exception d'un voyage en Allemagne (1557) au cours duquel il copie, entre autres, le monument funéraire d'Igel et des fresques médiévales, Lombard reste à Liège au service des princes-évêques jusqu'à sa mort.Peu de peintures de cet artiste ont été retrouvées. Les premiers tableaux qui lui sont attribués (prédelle du retable de l'église Saint-Denis à Liège) sont dispersés (Liège, M.A.W. et égl. St-Denis; Bruxelles, M.R.B.A.B.). Les emprunts à des gravures italiennes y sont nombreux, mais les formes, la technique et le goût de l'anecdote dérivent encore du maniérisme anversois. Les peintures postérieures au séjour romain (Liège, M.A.W.; Mus. Parc Boverie et Stokrooie) concrétisent la volonté de Lombard de s'éloigner de la tradition. Il y étudie de manière rationnelle les proportions, les mouvements, les expressions des personnages en s'inspirant de la syntaxe gestuelle et des formes antiquisantes de Raphaël et de son école. Les lignes de composition et les décors architecturaux sont repris également de l'art romain alors que les couleurs vives et acerbes font penser aux premiers maniéristes toscans. La mise en évidence des figures caractérise ces toiles; l'importance que Lombard donne à la représentation humaine se comprend aussi par les innombrables dessins de figures drapées du maître qui subsistent et qui ont servi de modèles dans son académie ("Album d'Arenberg", Liège, cab. est.). Malgré le peu d'œuvres peintes connues, on peut définir les théories artistiques, les tendances humanistes, la pensée religieuse de Lombard grâce à l'"Album d'Arenberg" (cinq cents dessins), grâce aux gravures d'après ses projets et grâce à sa biographie écrite par D. Lampsonius (1565). Les dessins surtout montrent son intérêt pour la statuaire antique et gallo-romaine, la numismatique, les gravures de toutes provenances, les sujets humanistes (histoire ancienne, mythologie, archéologie, cultes antiques, emblèmes, hiéroglyphes, histoire de l'art...). Lombard s'affirme comme novateur par sa prédilection pour l'art antique et italien. Mais plutôt que de se laisser imprégner par ces formes étrangères à sa formation, il veut les maîtriser et les reconstruire de manière analytique. Il produit donc un art rationnel et théorique qui n'appartient plus à l'évolution inhérente à la tradition flamande. Cet art, dominé par la recherche continuelle d'une beauté idéale, manque de spontanéité; les formes manquent de naturel, les figures sont rigides et sans liens entre elles. Toutefois, les tentatives du Liégeois de créer un courant nouveau et de donner un statut de "pictor doctus" à l'artiste représentent un moment crucial dans l'évolution de la peinture flamande. Elles favoriseront l'éclosion d'un art libéré du carcan des corporations et des formules stéréotypées et vides qu'imposaient les continuateurs des Primitifs.
Rédacteur
- Denhaene, Gwendoline
Collections
- Eglise Saint-Denis (Liège)
- Eglise Saint-Amand (Stokrooie)
- Cabinet des Estampes (Liège)
- Musée de l’Art wallon (Liège)
- Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles)
Bibliographie
- D. Lampsonius, Lamberti Lombardi... vita, Bruges, 1565, trad. J. Hubeaux-J. Puraye, in Rev. B.A.H.A., XVIII, 1949, pp. 53-77.
- J. Helbig, Lambert Lombard, peintre et architecte, Bruxelles, 1893.
- A. Goldschmidt, Lambert Lombard, in Jb. der preuss. Kunstsmlg., XL, 1919, pp. 206-240.
- E. et W. Kemp, Lambert Lombards antiquarische Theorie und Praxis, in Zeitschrift für Kunstgeschichte, XXXVI, 1973, pp. 122-152.
- G. Denhaene, Lambert Lombard, œuvres peintes, in Bull. de l'Inst. hist. belge de Rome, LVII, 1987, pp. 71-100; Lambert Lombard. Œuvres peintes, Anvers, 1990; L'album d'Arenberg. Studies of the Warburg Inst., XLIII, Londres, 1991 - N. Dacos, Le retable de l'église Saint-Denis à Liège, in Oud Holland, CVI, 1992, pp. 103-115.