BEUCKELAER, Joachim

Anvers, vers 1530 - vers 1575


Peintre de sujets religieux, de scènes profanes et de natures mortes. Les rares mentions archivistiques aujourd'hui recensées nous apprennent l'admission de J. Beuckelaer comme fils de maître à la gilde de Saint-Luc à Anvers en 1560, son mariage avec Magdalena Schrijvers en l'église Saint-Jacques de la même ville le 30 novembre 1560 et enfin l'inscription d'un élève, Jacques Comperis "schilder en leerjongen", dans son atelier en 1573. Beuckelaer a parfois été confondu avec le Monogrammiste IB, peintre contemporain dont les sujets et le monogramme sont proches de l'artiste, mais dont le style est sensiblement différent. Selon la mention archivistique sous laquelle l'artiste apparaît en 1560, Beuckelaer pourrait être le fils de Mattheus Buekeleere, peintre inscrit à la gilde d'Anvers en 1535 dont aucune œuvre n'est connue à ce jour. Les indications fournies par Carel van Mander (1604), bien que parfois imprécises et peu fiables, indiquent néanmoins qu'il fut le neveu et l'élève du peintre P. Aertsen, sa tante Katelijne Beuckelaer ayant épousé ce dernier en 1542. L'historiographe précise en outre qu'il eut la chance de profiter du talent de son oncle qui lui apprit à peindre les fruits, les légumes et les viandes avec aisance. Van Mander écrit enfin que pour vivre il dut travailler pour d'autres peintres, dont A. Mor, et qu'au moment de son décès il travaillait pour un Italien nommé Vitello. Les difficultés financières auxquelles fait allusion Van Mander sont confirmées par un document provenant de l'église Saint-Jacques d'Anvers et daté du 15 février 1575 qui nous apprend que sa femme occupait alors une modeste demeure située dans le quartier de la "Ossenmarkt" appartenant à Aertsen. Le même précieux document signale que Magdalena Schrijvers (qui n'est pas mentionnée comme veuve) fut enterrée très sobrement. La production du peintre compte une cinquantaine de tableaux monogrammés et datés. L'engouement que connurent les œuvres de Beuckelaer vers la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle incite les spécialistes à la prudence en matière d'attribution. C'est ainsi que, par exemple, de multiples copies d'un "Marché aux poissons" (Bois-le-Duc, Noordbrabants Mus.) ont été dénombrées. Les nombreux tableaux de marchés aux étals surchargés et de cuisines regorgeant de victuailles peints, par Beuckelaer en font, avec son oncle Aertsen, le précurseur de la nature morte, bien que nous ne connaissions pas de véritable nature morte de sa main. Ces scènes lui ont assuré ponctuellement une notoriété internationale comme le prouvent les œuvres commandées par des clients italiens (de nobles Parmesans amateurs de peintures flamandes qui commandèrent dans les mêmes années le "Misanthrope" et les "Aveugles", de Pieter Bruegel) et dont certaines, comme ces deux dernières, sont conservées au musée de Capodimonte à Naples. Signalons au passage que les tableaux qui furent commandés à Bruegel et Beuckelaer par des Italiens furent tous réalisés sur toile, support jusqu'alors rarement utilisé par les peintres flamands. Si Aertsen est reconnu comme l'inventeur de ces nouvelles compositions, Beuckelaer en assura le succès et la diffusion. A partir de 1561, il peignit quelques scènes religieuses classiques ("La Sainte Famille", Greenville, Bob Jones Coll. Univ.) qu'il agrémenta parfois de motifs profanes ("Marché à l'Ecce Homo", Stockholm, Nationalmus.). Il réalisa également de nombreuses scènes de marché totalement profanes ("Marché de volailles", Bruxelles, M.R.B.A.B.). Il développa surtout un type d'œuvres où les sujets religieux sont associés à la représentation de nombreuses victuailles. Beuckelaer privilégia dans ce contexte l'épisode évangélique "Jésus chez Marthe et Marie" (Gand, M.S.K. - Stockholm, Nationalmus.) pour établir un rapport entre le contenu religieux et l'apparence profane. Le peintre y applique, sur les bases fixées par son oncle, un véritable code visuel, dont les prémices sont à chercher chez Q. Metsys, où la juxtaposition des plans illustre, de manière troublante, un jugement moralisant. La scène profane (Marthe préparant le repas en cuisine), située à l'avant, en gros plan, dans des couleurs saturées, incarne le mauvais exemple, tandis que la scène religieuse apparaissant à l'arrière de la composition, souvent sous une arcade, dans les tons d'une semi-grisaille, désigne l'exemple qu'il faut suivre. La construction de la perspective, souvent servie par la représentation d'architectures inspirées des traités d'architecture de Serlio, en menant le regard vers l'arrière-plan où se joue la scène religieuse, renforce le message. Si Beuckelaer est considéré comme un artiste mineur, c'est sans doute parce qu'il sacrifie la forme au contenu, la cohérence spatiale aux sujets picturaux proprement dits. Ses "maladresses techniques" le placent en marge des recherches esthétiques de la peinture des Pays-Bas méridionaux telles qu'elles ont été élaborées par les spécialistes. Son apport à la sensibilité renaissante se situe davantage dans le domaine de l'iconographie, qui matérialise un goût nouveau du public anversois pour une peinture plus anecdotique et décorative. Le primat du décoratif, les couleur surprenantes et les conventions spatiales rapprochent l'œuvre de Beuckelaer de la sphère du maniérisme international. Il est dans tous les cas un des maillons essentiels qui permet de retracer la naissance et l'affirmation de la nature morte aux Pays-Bas. En outre, son influence se marque clairement dans la production du peintre crémonais Vincenzo Campi qui introduisit la scène de genre dans la péninsule.

Rédacteur

Collections

Bibliographie