JANSSENS, Abraham
(JANSSENS VAN NUYSSEN)
Anvers, vers 1575 - 1632
Peintre de scènes historiques, allégoriques, mythologiques et religieuses. A l'âge de dix ans, Janssens entre en apprentissage auprès du peintre d'origine malinoise J. Snellinck. Vers 1600, il entreprend le voyage de formation à Rome, indispensable à l'époque. De retour à Anvers, il est admis en 1601/1602 comme maître dans la gilde de Saint-Luc, dont il devient en 1606 le co-doyen et en 1607 le doyen principal. En 1610, il devient en outre membre de la Confrérie des Pèlerins de Pierre et Paul de Rome. A la même époque, S. Wils et G. Seghers et très probablement aussi le fils de Janssens, Abraham II, entrent en apprentissage chez lui. Peintre apprécié par ses contemporains, Janssens incarne les différentes tendances qui coexistent au sein de l'école d'Anvers vers 1600. Ses premières œuvres, qui succèdent à son voyage à Rome, relèvent d'une inspiration éclectique. Elles se rattachent au langage du maniériste tardif Snellinck, ainsi qu'à l'école d'Anvers et à l'école de Haarlem et d'Utrecht. Ceci s'exprime concrètement dans un réalisme de détails, des compositions denses, peuplées et compliquées, une nette prédilection pour les couleurs locales en dégradé et pour les figures agitées, contorsionnées. La réaction à l'art du Caravage, que Janssens avait étudié de près lors de son séjour à Rome, n'est pas encore sensible dans sa première période. Certes, le peintre emprunte à ses contemporains, Vénitiens, Florentins et Romains. Sous la forte impulsion communiquée, en matière de plasticité et d'expressivité, par l'art italien, il privilégie les contours pour donner à ses personnages un caractère volumineux et sculptural. Cet effet est encore renforcé par le recours à la technique caravagesque du clair-obscur. L'influence du Caravage, qui s'affirme durant cette période de maturité, est souvent mise en rapport avec le second voyage à Rome que Janssens aurait entrepris entre 1601 et 1609. Puisque les données factuelles manquent sur le sujet, il paraît plus acceptable de supposer qu'à ce stade, Janssens mit au service de son style, en pleine évolution, le traitement particulier de la lumière, propre au Caravage, qu'il connaissait déjà auparavant. En 1609, l'allégorie "Scaldis et Antwerpia" (Anvers, K.M.S.K.), qui date de cette période, fut exposée en même temps que "L'adoration des rois" de P.P. Rubens dans la Chambre des Etats de l'hôtel de ville d'Anvers, où fut ratifiée la trêve de Douze Ans entre l'Espagne et les Pays-Bas. Inspirée par une esthétique classique, académique, l'œuvre se caractérise par la disposition claire et géométrique des figures, le modelé proportionné des formes, la gamme harmonieuse des coloris et l'équilibre des clairs-obscurs. Si Janssens atteint, grâce à cette œuvre, l'apogée de sa carrière de peintre, il scelle aussi avec elle les limites de ses possibilités artistiques. Un parti décoratif l'amène à convertir les figures tourmentées des œuvres antérieures en des personnages statiques, aux gestes tranquilles, aux traits paisibles. Alors que ce langage formel convient tout à fait à l'allégorie, la représentation de figures, qui cherche seulement à rendre l'aspect extérieur des corps, semble beaucoup moins appropriée au ton narratif, inhérent à la peinture d'histoire.Tenant compte de l'évolution du goût, Janssens est fortement marqué par le style de Rubens, surtout dans les années 1620. Du point de vue iconographique, il traite des thèmes que Rubens avait introduits avec succès. Comme Rubens, il travaille alors en collaboration avec des peintres de paysages et de natures mortes, comme F. Snyders et J. Brueghel le Jeune, son beau-fils. L'organisation savante des scènes et la disposition élaborée des personnages, qui caractérisaient les œuvres antérieures, cèdent le pas à des compositions d'esprit rubénien, élégantes mais glacées. La palette plus chaude de Rubens supplante la gamme froide des couleurs locales. Pour ne plus traiter ses figures comme des entités isolées, mais pour les fondre au contraire dans un ensemble unique, il prête à ses personnages, puissamment modelés, des attitudes et des expressions indéterminées. Janssens contredit sa propre conception de la peinture, d'inspiration plutôt contemplative. C'est seulement dans les figures à mi-corps qu'il conserve, dans une certaine mesure, un langage formel indépendant. Ici, les personnages au modelé sculptural sont intégrés à des scènes dramatiques, mais sans aucune cohérence, ce qui confère un caractère allégorique à ce qui relève en soi de la peinture d'histoire. L'unique portrait de lui, aujourd'hui perdu, fut gravé par P. de Jode. Son fils, Abraham II Janssens (Anvers, 1616-?) est maître à la gilde de Saint-Luc à Anvers en 1636/1637. En 1639, il se trouve en Italie où il habite la paroisse de Sainte-Suzanne à Rome. Il est mentionné encore en 1649, habitant la via del Babuino. Aucune œuvre ne lui est connue.
Rédacteur
- Van Dooren, Rita
Collections
- Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers (Anvers)
- Cathédrale Notre-Dame (Anvers)
- Eglise Saint-Jacques (Anvers)
- Eglise Saint-Paul (Anvers)
- Jagdschloss Grunewald (Berlin)
- Szépmüvészeti Muzeum (Museum of Fine Arts) (Budapest)
- Statens Museum for Kunst (Copenhague)
- Sint-Baafskathedraal (Gand)
- St-Michielskerk (Gand)
- Staatl. Kunstsmlg. (Cassel)
- Cathédrale Saint-Jean (Lyon)
- Sint-Janskerk (Malines)
- Cathédrale Saint-Rombaut (Malines)
- Collégiale Sainte-Waudru (Mons)
- Alte Pinakothek der Bayerischen Staatsgemäldesammlungen (Munich)
- Metropolitan Museum (New York)
- Mus. de Arte (Ponce)
- Národní Gal. (Prague)
- Seattle Art Museum (Seattle)
- Muzeul National Bruckenthal (Sibiu)
- M.B.A. (Valenciennes)
- Muz. Narodowa (Varsovie)
- Kunsthist. Mus. (Vienne)
- Schloss Schwarzenberg (Vienne)
- Wellesley College, Departement of Art (Wellesley)
- Munic. Art Gall. (Wolverhampton)
- Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles)
Bibliographie
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