BEERT, Osias I

dit l'Ancien(BEET)
Anvers?, vers 1580 - Anvers, 1623


Peintre de natures mortes et de fleurs. O. Beert est mentionné pour la première fois à Anvers en 1596 comme apprenti chez A. van Baseroo. En 1602, il est reçu maître à la gilde de Saint-Luc et forme lui-même six élèves entre 1605 et 1617 : H. Ykens, F. van der Borcht, P. Doens, F. Ykens, P. du Pont et J. Willemssen. Le 8 janvier 1606, il épouse Margarita Ykens, sœur de Frans, dont il eut tardivement un fils en 1622, Elias. De fortune modeste, Beert augmente ses ressources dans le négoce du liège. Il habite dans le quartier des pêcheurs dans la maison dite "le Roi des Maures" (Koning der Mooren). De 1615 jusqu'à sa mort, il appartient à la chambre de rhétorique Den Olijftak. Peu après le 24 décembre 1623, sa veuve versa le montant de sa dette mortuaire à la gilde de Saint-Luc, ce qui permet de situer sa mort à la fin de cette année-là. Peu apprécié, semble-t-il, de ses contemporains, Osias Beert a été sauvé d'un oubli séculaire en 1938 par C. Benedict. Depuis lors, E. Greindl a pertinemment étudié le peintre de nature morte, tandis que M.L. Hairs s'attachait au spécialiste de la fleur. Beert apparaît comme un pionnier de "la vie silencieuse" au XVIIe siècle dans les Pays-Bas méridionaux. Avec un esprit réaliste et objectif, il perçoit ses modèles dans leurs moindres détails et les rend avec une précieuse véracité. Ses tableaux signés sont rares, au contraire de ceux qu'on peut lui attribuer à bon escient. Exécutés sur panneau de bois ou sur cuivre, ils présentent une matière lisse, une facture méticuleuse et un coloris saturé, plaisants à l'œil. E. Greindl a fait valoir la composition narrative et touffue de ses natures mortes. Y surabondent, à peine liés entre eux, comestibles, desserts menus, vaisselle, objets de luxe et verreries. L'auteur a aussi noté le sens des volumes de l'artiste. Un bouquet naturel, léger, parachève certaines natures mortes. Une telle sobriété contraste avec le ton général du spécialiste épris d'opulence, créateur de gerbes, de coupes et de paniers de fleurs. Sa composition régulière et serrée assemble des variétés de même taille - iris, roses, tulipes - et meuble de fleurettes tout espace resté vide. Une fritillaire impériale, un lis martagon, une pivoine surmontent ses bouquets; des feuilles de cyclamen s'intercalent au hasard entre les roses groupées vers le bas. Le vase (verre à pied, poterie...) peut être placé dans une niche cintrée. Comme ceux de ses pairs, le bouquet d'Osias Beert est un bouquet imaginaire conçu à partir de multiples éléments réalistes. La forme s'y révèle encore plus originale que l'ordonnance. Le galbe des fleurs est capricieux, leurs contours s'avèrent sinueux. Les roses sont les plus typiques : découpées en pétales ondulants, ébouriffées, elles pèsent au bout de leurs tiges en vrille, retombant de la gerbe ou du panier vers la table que jonchent des pétales aux bords festonnés. Une impression de grâce tourmentée s'en dégage. Un effet de masse tournante est obtenu par une auréole de feuilles sombres ou par des fleurs aux teintes foncées réunies vers la droite, côté opposé à celui d'où provient la lumière. A l'aide d'une riche palette, le peintre distribue avec générosité les blancs (adoucis de jaune, de rose ou de bleu), les jaunes pâles, l'orangé, le vermillon et le mauve. Une flatteuse collaboration avec P.P. Rubens ou son atelier apparaît dans un "Erudit inspiré par la nature" (jadis appelé "Pausias et Glycera". Sarasota, Mus. of Art).

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