DOTREMONT, Christian

Tervueren, 1922 - Buizingen, 1979


Ecrivain au talent précoce, C. Dotremont vécut à Bruxelles et à Tervuren. En 1940, son recueil de poèmes "Ancienne éternité" attire l'attention de Magritte. Il se rapproche du groupe surréaliste belge et rencontre Eluard, Picasso, Cocteau, Giacometti et Bachelard. Il publie de nombreux recueils de poèmes et de prose, des revues ("Le Ciel bleu"; "Le Suractuel; "Les Deux Sœurs", avec Mariën et Colinet, etc.) et fonde à Bruxelles le surréalisme révolutionnaire (1947) avec J. Seger, P. Bourgoignie, M. Havrenne, entre autres. En 1948, avec J. Noiret (Belgique), A. Jorn (Danemark), Appel, Constant et Corneille (Hollande), il fonde Cobra (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam), mouvement expérimental qui, s'éloignant du surréalisme, invente un art gestuel et spontané, fait éclater une figuration poétique et ex- pressive dont témoignent notamment la revue "Cobra" et diverses expositions : La Fin et les Moyens et L'Objet à travers les Ages (Bruxelles, 1949), l'Exposition internationale d'Art expérimental (Liège, 1951). Avec Noiret et Alechinsky qui a rejoint Cobra au cours de l'été 1949, il collabore aux "Lettres Françaises" d'Aragon. Un refus commun du "réalisme socialiste" entraîne leur rupture avec l'hebdomadaire et la publication par Dotremont d'une critique radicale des prétentions communistes à régir l'art et la littérature ("Le réalisme socialiste contre la Révolution", 1950). L'hospitalisation de Dotremont et de Jorn à Silkeborg (Danemark) marque la fin de Cobra. Rentré en Belgique, Dotremont collabore à la NRF, publie un roman autobiographique ("La pierre et l'oreiller", 1955) et organise l'exposition Cobra après Cobra (Bruxelles 1956). Nombreux voyages dans le Nord (Danemark, Finlande). Il invente le logogramme et crée des peinturesmots avec Jorn, Alechinsky, Atlan, Corneille, Vandercam, etc. De 1963 à 1967, il publie la revue "Strates" (expériences de typographisme) et expose en 1969 ses premiers logogrammes à Bruxelles. Jusqu'à sa mort, Dotremont montre ses logogrammes tant en Belgique qu'à l'étranger et fait paraître, outre des recueils de poèmes, le “Logbook", choix de logogrammes de 1972 à 1975. Dotremont est un "écriveur" (C. Dotremont) qui donne à la main qui trace sa part active dans l'élaboration du poème; il laisse rêver la main. Influencé par l'analyse de "l'imagination matérielle" selon Bachelard, il sait que le moyen de l'expression n'est jamais neutre, mais détermine la résonance profonde de l'œuvre : dans toute création, le corps joue sa partie, l'acte d'écrire est aussi matériel. En regardant par transparence et à la verticale un de ses manuscrits, Dotremont s'est aperçu qu'il écrivait "chinois" et que le tracé de l'écriture par la main affirme ainsi son autonomie relative. De la lisibilité traditionnelle du texte on accède à la visibilité : le logogramme opère une déconstruction de l'écriture convenue en donnant libre cours à la spontanéité du tracement. Il est donc à la fois un poème et une œuvre plastique utilisant l'encre comme médium privilégié, mais aussi l'aquarelle, le crayon, le pastel, la craie et le marqueur. Il unit dans un même élan et dans un même lieu, la feuille de papier, le geste de l'écriveur et celui du peintre s'inspirant l'un l'autre. Dotremont ne signe un logogramme que si le texte du poème, sa forme plastique, nés simultanément d'un geste unique, sont poétiques au sens premier du terme. Le logogramme n'a rien de commun avec la calligraphie, il est une "anticalligraphie" (C. Dotremont) dont le sens, réécrit au crayon, se lit au bas de la feuille. Le logogramme est une création caractéristique de l'esprit de Cobra qui avait rêvé de réinventer un langage spontané en rupture avec les modes parisiennes de l'époque : le naturalisme sous sa forme réaliste socialiste, le vieux surréalisme et surtout l'abstraction géométrique, formalisme réducteur de la vie intérieure au "coffrage que la raison voudrait imposer" (C. Dotremont). Refusant la glaciation théorique qui exténue la création, Cobra a revendiqué la spontanéité poétique du geste d'écrire et de peindre, il a affirmé un antispécialisme ouvert à toutes les formes vivantes d'expression. La diversité des œuvres picturales et en même temps la profonde unité d'inspiration qui les unit, au-delà des différences et grâce à elles, expliquent sans doute la vivacité de ce souffle de liberté créatrice qu'a représenté Cobra, peut-être le mouvement européen le plus important d'après-guerre, dont C. Dotremont aura été l'infatigable animateur.

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