DE LAIRESSE, Gérard

Liège, 1640 - Amsterdam, 1711


Peintre d'histoire, graveur et théoricien. Second fils de R. de Lairesse, il fut sans doute formé par ce dernier. Mais la scène artistique liégeoise était alors dominée par la forte personnalité de B. Flémal dont le style pictural rapporté d'Italie dut fortement impressionneer le jeune artiste par sa nouveauté. Ses premières œuvres montrent en effet la prépondérance de cette influence ("Orphée aux enfers", Liège, mus. d'Ansembourg; "Baptême de saint Augustin", Mayence, Mittelrheinisches Landesmus.). Lairesse aurait probablement occupé une place de premier plan dans la peinture religieuse liégeoise, si un drame "sentimental" ne l'avait pas contraint à fuir précipitamment la principauté pour se réfugier en 1665 à Amsterdam, où il acquiert en 1667 le droit de bourgeoisie. Il entre alors en relations avec une élite intellectuelle constituée de riches marchands, de magistrats et d'écrivains qui se réunissent au sein de l'académie du "Nil Volentibus Arduum" et se piquent de réformer les arts à Amsterdam. Il y devient rapidement célèbre autant par les nombreux tableaux d'amateurs ("Vénus apportant les armes à Enée", Anvers, Mus. Mayer van den Bergh) que par les planches qu'il grave en grand nombre ("Mort de Didon", 1668). Dédaignant la peinture naturaliste traditionnelle en Hollande, il illustre avec un véritable talent de metteur en scène les grands mythes antiques qu'il puise dans une lecture assidue d'Ovide ou de Virgile et dont il tire fréquemment des symboles moralisateurs ou "exempla virtutis" ("Antioche et Stratonice", Karlsruhe, Staatl. Kunsthalle). Surnommé le "Poussin hollandais", Lairesse va obtenir des commandes officielles tant des autorités publiques de la ville d'Amsterdam que du stathouder Guillaume III de Nassau : ensembles décoratifs pour les somptueuses demeures patriciennes du Herrengracht, pour le Leprozenhuis, pour les palais de Soestdijk et de Het Loo. Parallèlement, il poursuit avec succès son activité de graveur (souvent à la gloire de Guillaume III), qui témoigne d'une extraordinaire maîtrise de la technique de l'eau-forte ("Allégorie des victoires de Guillaume III et de la levée du siège de Grave", 1674). Vers 1680 apparaît chez l'artiste une tendance à simplifier les compositions, de façon à leur donner plus de solennité en isolant des figures sculpturales sur des fonds architecturaux ("Noces d'Alexandre et Roxane", Bamberg, Hist. Mus.). En même temps se développe une nouvelle thématique, mettant en scène des satyres et des ménades emportés dans des bacchanales effrénées ("Bacchanale", Kassel, Staatl. Kunstsmlg.). Dans ses grandes décorations, c'est alors la grisaille qui l'emporte, dans un trompe-l'œil où triomphe sa science de l'allégorie, nourrie par l'étude attentive de l'"Iconologia" de Cesare Ripa ("Les Quatre Ages de l'humanité", Orléans, M.B.A.). Surnommé "nouvel Apelle" par Guillaume III, Lairesse se préparait à participer à la décoration de la Burgerzaal du nouvel hôtel de ville d'Amsterdam, quand, en 1690, la cécité met un point final à sa brillante carrière picturale. Pour subsister, il passera les dix dernières années de sa vie à donner des conférences sur la peinture qui, relevées et mises en forme par ses fils, aboutiront à la publication de deux traités : les "Principes du dessin" (1701) et surtout le "Grand livre des peintres" (1707). Considéré avec raison comme un peintre et un graveur de premier plan par ses contemporains, Lairesse restera apprécié tout au long du XVIIIe siècle et son "Grand livre des peintres", traduit en plusieurs langues, servira de modèle à bien des artistes européens. Méprisé par un XIXe siècle qui lui reprochera la complexité iconographique de ses œuvres, jugées trop intellectuelles, G. de Lairesse mérite une réhabilitation. Témoin de la "francisation" de la Hollande dans la seconde moitié du XVIIe siècle, il fut non seulement un peintre de grand talent, mais aussi un dessinateur et un graveur de qualité, et enfin un théoricien important.

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