DE HEERE, Lucas
(DHEERE, MIJNSHEERE, DERUS)
Gand, 1534 - ?, 1584
A la fois peintre de sujets allégoriques et religieux et poète humaniste, il mènera ces deux activités parallèlement toute sa vie. La tradition veut qu'il ait rédigé une histoire de la vie des peintres flamands dont C. van Mander (1604) se serait peut-être inspiré, mais le manuscrit n'a jamais été retrouvé. Formé d'abord chez son père, il rejoignit ensuite l'atelier de F. Floris où, selon W. Waterschoot, il travailla de 1550 à 1556, date à laquelle il s'inscrivit à la chambre de rhétorique gantoise Jesus metter Balsenbloem. En 1559, à l'occasion du vingt-troisième chapitre de l'Ordre de la Toison d'Or, De Heere reçut sa première commande officielle : il fut chargé de peindre des toiles destinées à orner le jubé (probablement de bois) exécuté par son père pour la cathédrale Saint-Bavon à Gand. Suivit un bref séjour à Fontainebleau, où, selon Van Mander, Catherine de Médicis l'employa pour dessiner des cartons de tapisseries. De retour à Gand à la fin 1561-début 1562, il épousa la calviniste Eleonora Carbonniers que certains critiques considèrent comme l'instigatrice de la conversion de De Heere au protestantisme. Il ouvrit alors, à l'instar de son maître F. Floris, un atelier où entrèrent notamment C. van Mander, le Brugeois M. II Gheeraerts, J. et W. Borluut. Ce fut également sa période la plus productive, tant dans le domaine pictural que littéraire. L'arrivée du duc d'Albe dans nos régions mit toutefois une fin prématurée à cette époque heureuse : banni en novembre 1568, De Heere se réfugia en Angleterre. Il ne rentra dans sa ville natale que neuf ans plus tard, lors de la courte trêve de la Pacification. Mêlé de près aux événements politiques, il organisa alors les festivités pour la réception du prince d'Orange (1577) et celle du duc d'Anjou (1582). A la même époque, il aurait également conçu les projets des fresques de C. Enghelram pour la résidence du prince d'Orange à Anvers, ainsi que des cartons de tapisseries probablement commandées par le Taciturne lui-même et destinées à la cour de France. Ces tapisseries sont actuellement conservées au musée des Offices à Florence. D'après Van Mander, De Heere mourut le 29 août 1584. Balkana prétend qu'il était alors en exil à Paris, mais aucune preuve n'a pu en être apportée. Suite à l'affirmation de Van Mander selon laquelle De Heere aurait réalisé un grand nombre de portraits de qualité, H. Walpole (1752) et, après lui, L. Cust dans plusieurs articles parus dans les années 1880-1890, attribuèrent au peintre une série de portraits signés "HE" et conservés en Angleterre. Cela amena certains critiques à surestimer l'importance de De Heere. L. Cust lui-même revint en 1913 sur ses attributions. Actuellement, trois œuvres sont reconnues avec certitude comme étant de sa main : il s'agit d'une toile conçue pour le vingt-troisième chapitre de l'Ordre de la Toison d'Or représentant "Salomon et la reine de Saba", signée et datée de 1559 (Gand, St-Baafskath.), d'une "Vue de l'abbaye Saint-Bavon" documentée de 1565 (Gand, Bijloke) et d'un "Calvaire", réalisé la même année (Sint-Gillis-Waas, St-Pauluskerk). Plusieurs critiques lui attribuent "L'horoscope de Charles Quint" (ou "la Naissance de Charles Quint" - Gand, Bijloke), également sur toile et probablement peint pour les festivités de 1559. De nombreux repeints en rendent toutefois l'appréciation stylistique difficile. Fortement influencé par son maître F. Floris, De Heere fait figure d'imitateur plus que de créateur; ses compositions sages et froides sont dépourvues de vigueur et de cohérence. Il nous a cependant laissé trois manuscrits ("Corte beschrijvinghe van Enghelend, Schotland ende Irland" suivi de "Corte beschrijvinghe van d'Enghelandsche gheschiedenissen"; le recueil de costumes "Théâtre de tous les peuples et nations de la Terre" et la relation de la joyeuse entrée du duc d'Anjou) dont les aquarelles ne manquent pas de fraîcheur.
Rédacteur
- Van Sprang, Sabine
Collections
- Staatliche Museum zu Berlin, Kupferstichkabinet. (Berlin)
- Sint-Baafskathedraal (Gand)
- British Library (Manuscripts Department) (Londres)
- Eglise Saint-Paul (Sint-Gillis-Waas)
- Musée de la Biloque (Gand)
- Bibliothèque Centrale (Ugent) (Gand)
Bibliographie
- E. De Busscher, in B.N., V, 1876.
- L. Cust, A notice of the life and works of Lucas d'Heere, painter and poet of Ghent, in Archeologia, 54, 1894, pp. 1-44.
- L. Cust, The painter HE, in Walpole Society, 2, 1913, pp. 1-44.
- Lucas d'Heere, Beschrijving der Britsche Eilanden, fac-simile avec intr. de M. Chotzen et A.M.E. Draak, Anvers, 1937.
- F.A. Yates, The Valois tapestries, Londres, 1959.
- A. Piron, Lucas Dheere, in Ann. de la Soc. d'Hist. du Protestantisme belge, 1965-1966, pp. 3-39.
- C. Van de Velde, Enkele gegevens over Gentse schilderijen, in Gentse Bijdragen, 20, 1967, pp. 163-217.
- A. Derolez, Aantekeningen omtrent structuur, datering en betekenis van het kostuumboek van Lucas de Heere, in Handelingen van het XXIXe Vlaams filologencongres, Anvers, 1973, pp. 261-271.
- W. Waterschoot, Leven en betekenis van Lucas d'Heere, in Verslagen en Medelingen van de Kon. Acad. voor Nederlandse Taal- en Letterkunde, 1974; in N.B.W., 77, 1977.