DE COTER, Colyn
(Collin)
Bruxelles, vers 1450 - 1539/1540
Peintre bruxellois mentionné dans les registres des Liggeren d'Anvers où il est inscrit en 1493 comme franc-maître chargé par la confrérie de Saint-Luc de décorer la voûte de sa chapelle à Notre-Dame et dans les comptes de la confrérie de Saint-Eloi, comme s'engageant en 1509/1510 à peindre les portes d'un tabernacle (achevé en 1511). Ces deux contrats fixent le cadre chronologique (1493-1511) à l'intérieur duquel l'activité artistique du maître s'est certainement exercée. Toutefois, au vu de sa production, il y a lieu de penser qu'elle s'échelonna de 1480 à 1525. Le catalogue des œuvres de C. de Coter compte trois tableaux signés : "Saint Luc peignant la Vierge" (égl. de Vieure, France), le retable de la "Trinité" (Paris, Louvre) et "La Vierge couronnée par des anges" (Düsseldorf, coll. priv.). La signature : "COLYN ou COLLIN DE COTER PINGIT ME IN BRABANCIA BRUSELLE ou BRUCCELE" apparaît sur le liséré d'un des vêtements. Ces peintures constituent les pôles de référence autour desquels gravitent les œuvres attribuées et illustrent les phases essentielles de l'évolution stylistique et technique du maître. Son art est archaïsant et éclectique. Toutefois, C. de Coter assimile ses emprunts pour les restituer à sa manière. Les œuvres signées qui s'inspirent respectivement de R. van der Weyden et du Maître de Flémalle, du Maître de Flémalle seul, et de Q. Metsys, en sont une preuve éclatante. A Van der Weyden, C. de Coter reprend compositions, motifs décoratifs et morphologie des personnages tandis que sa préoccupation constante de l'expression d'un volume plastique le rapproche du Maître de Flémalle. Il subit aussi dans ses œuvres tardives l'influence d'artistes de sa génération, ce qui entraîne un adoucissement de style, l'apparition de types morphologiques neufs, l'intérêt pour les nus réalistes, la recherche d'effets de perspective et de raccourcis. Ces influences stylistiques variées et le choix opéré par l'artiste entre la technique traditionnelle, inspirée des Primitifs flamands, et la technique simplifiée qu'il développe pour accélérer l'exécution des modelés, amènent à une classification en cinq groupes et à une chronologie nouvelle de ses œuvres : 1º les peintures proches de la tradition des Primitifs flamands et de l'école bruxelloise dans la ligne de Van der Weyden. Les plus importantes sont le "Saint Luc peignant la Vierge"; le "Retable I de la Passion du Christ" (Strängnäs/Suède, cath.), œuvre maîtresse récemment attribuée au peintre; le "Christ et la Vierge intercédant" (Paris, Louvre) et "Marie-Madeleine affligée et saint Jean-Baptiste pleurant" (Budapest); 2º les œuvres marquées par la quête du volume flémallien : "Vierge couronnée par des anges" (Chicago, Art Inst., coll. Reyerson); le "Retable de Saint-Alban" (Bruxelles, M.R.B.A.B.; Munich, A. Pin.; Cologne, W.R.M.) et le retable de la "Trinité" (Louvre); 3º les œuvres plus personnelles, à caractère expressif : "Retable I d'Orsoy" (Orsoy/Allemagne, égl. St-Nicolas); 4º les œuvres qui s'ouvrent aux courants contemporains : "Vierge couronnée par des anges" (Düsseldorf); trois tableaux de la "Descente de Croix" (Stuttgart, Staatsgal.; Messine, Mus. Reg.; Bruxelles, M.R.B.A.B.); 5º enfin, deux œuvres de caractère archaïsant, dites néo-rogeresques : une "Pietà" (Amsterdam, Rijksmus.) et une "Lamentation" (La Haye, R.K.D.) constituent un groupe particulier où style et technique d'exécution visent à retrouver la perfection de la ligne et du modelé de Van der Weyden. La recherche d'effets picturaux est une caractéristique stylistique majeure de C. de Coter. Effet de monumentalité des compositions denses. Effets plastiques obtenus par une technique opposant les ombres opaques aux lumières empâtées et soulignant la massivité corporelle des personnages et l'aspect sculptural des drapés. Effets décoratifs dans l'imitation des matières et dans la distribution des masses de couleur, et effets expressifs, figures soumises à des torsions diagonales, drapés aux cassures angulaires et visages parcourus de rehauts graphiques appuyés. Son dessin sous-jacent exécuté d'une écriture enlevée est pensé en termes d'ombre et de lumière et prépare un violent clair-obscur. La technique picturale simplifiée fait perdre aux modelés transparence et fluidité au profit d'effets de surface. L'art de C. de Coter influencera, de 1480 à 1515 environ, toute la production de peinture bruxelloise, mais aussi anversoise et malinoise. Il n'impose pas un style, mais crée des types de personnages et de compositions, ce qui, ajouté au caractère novateur de sa technique d'exécution, ouvre la voie au développement d'une production de masse. "Chef" d'un vaste atelier, il pourrait aussi avoir été le "maître d'œuvre" d'ouvrages collectifs (panneaux de Malines, Retable I de Strängnäs, Retable d'Orsoy) qui ont contribué à son rayonnement et ont exercé une influence prépondérante sur les volets peints des retables sculptés brabançons destinés à l'exportation. De Coter, enfin, a réalisé des cartons pour les ateliers bruxellois de tapisserie ("Tenture de Saint-Etienne", Paris, Mus. de Cluny).
Rédacteur
- Perier - D
Collections
- Rijksmuseum (Amsterdam)
- Szépmüvészeti Muzeum (Museum of Fine Arts) (Budapest)
- Art Institute (collection Reyerson) (Chicago)
- Wallraff-Richartz-Museum (Cologne)
- Stichting Rijksbureau voor Kunsthistorische Documentatie/Iconografisch bureau (La Haye)
- Cathédrale Saint-Rombaut (Malines)
- Mus. reg. (Messine)
- Alte Pinakothek der Bayerischen Staatsgemäldesammlungen (Munich)
- Eglise Saint-Nicolas (Orsoy)
- Louvre (Paris)
- Musée de Cluny (Paris)
- Cathédrale (Strängnäs)
- Staatsgal. (Stuttgart)
- Eglise (Vieure)
- Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles)
Bibliographie
- M.J. Friedländer, Die Brüsseler Tafelmalerei gegen den Ausgang des 15. Jahrhunderts, in Belgische Kunstdenkmäler, I, 1923, pp. 309-320; E.N.P., IV, 1969, p.67 et XIV, Suppl., p. 13.
- E. Hensler, Eine neuentdeckte Madonna von Colijn de Coter, in Jb.der kÏn. preuss. Kunstmlg., XLV, 1924, pp. 117-120.
- J. Duverger, Brussel als kunstcentrum in de XIVe en de XVe eeuw, in Bouwstoffen tot de Nederlandsche Kunstgeschiedenis, III, 1935, p. 68.
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- E. Pelinck, Cornelis Engebrechtz, de herkomst van zijn kunst, in Nederlands Kunsthist. Jb., II, 1948-1949, pp. 40-43.
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- J. Folie, Les œuvres authentifiées des Primitifs flamands, in Bull. IRPA, VI, 1963, pp. 183-255.
- J. Giesen, Colyn de Coter. Ein Maler im Schatten grosser Zeitgenossen, in Die Kunst und das schÏne Heim, LXXXIII, 8, 1971, pp. 467-471.
- C. Perier-d'Ieteren, Les volets peints des retables bruxellois conservés en Suède et le rayonnement de Colyn de Coter, Stockholm, 1984; Colyn de Coter et la technique picturale des peintres flamands du XVe siècle, Bruxelles, 1985.
- E. De Vos, Ein neues Fragment des Jüngsten Gerichtes von Colijn de Coter, in Pantheon, XLIV, 1986, pp. 27-29.
- F. Joubert, La tenture de chœur de Saint-Etienne d'Auxerre et la peinture bruxelloise vers 1500, in Rev. de l'Art, 75, 1987, pp. 37-42.