DE CHAMPAIGNE, Philippe
Bruxelles, 1602 - Paris, 1674
Peintre de sujets religieux, de portraits et de paysages. Deux peintres bruxellois assez obscurs, Jean Bouillon et Michel Bordeaux, lui enseignent les rudiments de la peinture. En 1620, il entre dans l'atelier du paysagiste J. Foucquières. Après une année d'apprentissage, il décide de partir pour l'Italie et se met en route en compagnie de J. Foucquières en direction de Paris. Là, il retrouve d'autres peintres flamands et décide de s'y fixer définitivement. Entré dans l'atelier de G. Lallemand, il acquiert rapidement une réputation de portraitiste. Il rencontre et se lie d'amitié avec N. Poussin qui l'influencera dans la composition de ses paysages. Introduit par lui auprès de N. Duchesne, celui-ci l'invite à participer aux travaux de décoration qu'il dirige au palais du Luxembourg pour Marie de Médicis (1622-1626). A la mort de Duchesne en 1628, de Champaigne se voit offrir sa succession comme peintre ordinaire de la reine-mère et comme valet de chambre du roi, avec logement au palais du Luxembourg dont il reprend la direction des travaux. La même année, il épouse la fille de Duchesne. En 1629, il obtient la naturalisation française. Devenu le peintre favori de Marie de Médicis, la reine-mère lui confie de nombreux travaux. Le cardinal de Richelieu l'apprécie à son tour et le charge, outre de plusieurs portraits, de décorer la coupole de la Sorbonne ainsi que la galerie des "Hommes célèbres" au Palais-Cardinal, tâche qu'il partage avec S. Vouet. "Tout flamand qu'il fut - écrira Félibien - le Cardinal l'avait toujours préféré à tous les autres peintres français." Pour Louis XIII, il exécute la "Cérémonie de l'ordre du Saint-Esprit" (1634, Toulouse, Mus. des Augustins) et le "Vœu de Louis XIII à la Vierge" (1637, Caen, M.B.A.). En 1643, veuf depuis cinq ans, de Champaigne perd son fils unique et fait venir à Paris son neveu J.B. de Champaigne qu'il prend pour élève, puis collaborateur. Peintre officiel de la cour, de la ville et de l'Eglise, il fait preuve d'une remarquable activité comme portraitiste; Charles II d'Angleterre, Louis XIV, les ministres Mazarin et Colbert posent pour lui. La régente Anne d'Autriche le charge à son tour de la décoration de son oratoire au Palais-Royal et de son appartement à l'abbaye du Val-de-Grâce. En 1648, il participe à la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture à Paris, où il devient professeur en 1653, puis recteur. L'entrée, en 1648, de ses deux filles comme pensionnaires au couvent de Port-Royal de Paris marque le début de ses relations avec Port-Royal et le milieu janséniste pour lequel il exécutera nombre de travaux. La même année, il peint le "Portrait de l'abbesse Angélique Arnaud" (Versailles, Mus. nat. du Château) et une "Dernière Cène" (Paris, Louvre) pour le maître-autel de l'église de Port-Royal. De cette époque datent aussi les portraits des "Messieurs de Port-Royal" : Arnaud d'Andilly, l'abbé de Saint-Cyran, Martin de Barcos, Antoine Singlin, qui comptent parmi ses chefs-d'œuvre. En 1655, l'archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas espagnols, rappelle de Champaigne à Bruxelles pour lui passer commande d'un "Adam et Eve pleurant la mort d'Abel" (Vienne, Kunsthist. Mus.). A son retour à Paris en 1656, sa fille Catherine entre comme religieuse à Port-Royal. Tombée gravement malade en 1660, elle recouvre miraculeusement la santé deux ans plus tard, événement que son père commémore en peignant le célèbre "Ex-voto" du musée du Louvre (1662). En 1661, il termine les cartons de tapisseries illustrant la "Légende de saint Gervais et de saint Protais" destinées à l'église de Saint-Gervais à Paris. Après le décès en 1661 de son protecteur Mazarin, l'activité officielle du peintre se ralentit. Bien qu'il garde toujours son titre de "peintre du roi", les faveurs de la cour s'adressent dorénavant davantage à Charles Lebrun. En 1662, il effectue un nouveau voyage en Flandre. De cette époque datent la "Translation des reliques de saint Arnould", œuvre récemment redécouverte (dans le commerce à Paris) que lui avait commandée la gilde des brasseurs de Gand, ainsi que les "Disciples d'Emmaüs" (Gand, M.S.K.), toile datée de 1664 provenant probablement de Port-Royal. Louis XIV lui commandera encore en 1665 la "Réception du duc d'Anjou dans l'ordre du Saint-Esprit" pour la cathédrale de Reims (connue par la réplique qu'en fit Carle van Loo, au musée de Grenoble). Flamand d'origine mais opposé, par son tempérament et ses convictions, à l'exubérance de l'art baroque, de Champaigne opère une synthèse dans son œuvre de la tradition réaliste flamande et du classicisme français naissant. Si certaines de ses œuvres religieuses de commande accusent un style savant et froid, ses portraits, par contre, le situent dans l'histoire de l'art au même rang qu'un P. Pourbus, un F. Clouet ou un A. Van Dyck. En héritier de J. Van Eyck et de J. Gossart, de Champaigne crée des portraits à la fois réalistes et spirituels. C'est à Van der Goes "qui tant eut les tretz netz" (Jean Lemaire de Belges) qu'il doit cet art de dessiner les mains qui révèlent l'âme de ses modèles. Il tempère l'ascétisme le plus austère d'une sensualité bien rubénienne en faisant chanter les ors, le reflet des soies, en rendant le velouté des tissus ou la fluidité des carnations, bien qu'il affirme dans ses écrits - comme J.A.D. Ingres deux siècles plus tard - la primauté du dessin sur la couleur. "Le principal titre de gloire de Philippe de Champaigne - écrira Paul Fierens - est d'avoir été l'un des plus grands peintres de la pensée, de l'intellectualité, de l'âme humaine." Il meurt à Paris en 1674, instituant son neveu Jean-Baptiste légataire universel. Outre son neveu, il eut pour élève et collaborateur Nicolas de Plattemontaigne. Son influence se fera aussi sentir dans l'œuvre des peintres L. Franchois le Jeune, J. van Loo, R. Nanteuil et C. Lefèbvre.
Rédacteur
- Eeckhout, Paul
Collections
- Musée des Beaux-Arts (Caen)
- Wallace Collection (Londres)
- Abbaye du Val-de-Grâce (Paris)
- Louvre (Paris)
- Oratoire du Palais-Royal (Paris)
- Palais du Luxembourg (Paris)
- Palais-Cardinal (Paris)
- Sorbonne (Paris)
- Église-Musée des Augustins (Toulouse)
- Musée national du Château (Versailles)
- Kunsthist. Mus. (Vienne)
- Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles)
- Musée des Beaux-arts (Gand)
Bibliographie
- Philippe de Champaigne, cat. exp. Mus. de l'Orangerie/M.S.K., Paris/Gand, 1952.
- B. Dorival, Philippe de Champaigne, Paris, 1976.