D’ARTHOIS, Jacques
Bruxelles, 1613 - 1686
Peintre de paysages, Jacques d'Arthois entre en apprentissage à l'âge de onze ans chez J. Mertens. Il se marie à Bruxelles en 1632 et est reçu comme maître de la corporation en 1635. En dehors de son maître, dont la production est inconnue, Jacques d'Arthois a évidemment subi l'influence des paysagistes de son temps à savoir Denis van Alsloot et surtout Louis de Vadder, son aîné de huit ans qui rénove le genre du paysage à Bruxelles. Au cours de sa vie professionnelle, Jacques d'Arthois engagera six apprentis dont deux atteindront la maîtrise : Corneille van Empel en 1661 et Philippe van Dapels en 1669. Selon les dires de Corneille Huysmans, il passa deux ans dans l'atelier de d'Arthois, mais ceci n'est pas confirmé par les archives. Nicolas d'Arthois (avant 1619-après 1653), son frère, et Jean-Baptiste (1638-1662), son fils, ont tous deux été admis à la maîtrise de la corporation en 1640 et en 1657. Vers 1650, Jacques d'Arthois se voit honorer, pour une raison inconnue, d'une distinction offerte par le gouverneur des Pays-Bas espagnols, le duc de Caracena. En 1655, il est reconnu officiellement comme peintre de cartons de tapisseries par le magistrat de la ville, en remplacement de Louis de Vadder qui venait de décéder. Déjà à cette date, on lui reconnaît "habileté et expérience" en ce domaine. Tout au long de sa vie professionnelle qui couvre plus d'un demi-siècle, l'artiste recevra de nombreuses commandes des communautés religieuses. Après avoir eu une production abondante et mené bonne vie, il meurt à Bruxelles en mai 1686. L'œuvre de Jacques d'Arthois est tout entière vouée à la description magnifiée de la forêt de Soignes, proche de Bruxelles. Les œuvres datées sont rares et il n'est donc pas possible sur cette base d'établir une évolution précise de son style. Néanmoins, sur base des gravures réalisées par W. Hollar aux alentours de 1650, on peut constater que les œuvres de jeunesse de l'artiste sont assez proches des tableaux de Louis de Vadder : premier plan peu chargé, chemin sablonneux s'enfonçant en oblique, massifs d'arbres assez compacts. Après cette date, on peut imaginer que l'artiste s'est orienté vers un schéma de composition plus élaboré où les paysages perdent en réalisme ce qu'ils gagnent en grandeur décorative. Le paysage s'élargit et les formes amples et puissantes sont soulignées par les oppositions de couleur. Le premier plan se meuble de nombreuses plantes avec parfois des fleurs de couleurs vives; un tronc chablis ou une souche les soulignent. Le second plan est normalement occupé par des masses d'arbres aux troncs noueux et aux branches qui s'étalent largement. L'arrière-plan, souvent vu d'un point de vue plongeant, ouvre des perspectives vers la campagne brabançonne. Fidèle aux sites qu'il représente, les étangs et les rivières sont fréquents dans les tableaux de l'artiste. Afin d'accentuer l'effet coloristique de la composition, la lumière vient souvent de l'arrière vers l'avant, ce qui permet de faire jouer les rayons de soleil à travers les feuillages et d'opposer les arbres du premier plan, vus à contre-jour, avec ceux du second plan éclairés directement. Afin de pouvoir varier sa palette dans la représentation des feuillages, d'Arthois préfère les coloris de l'été et de l'automne plus nuancés. De plus, si la majorité des arbres sont des chênes ou des hêtres, il n'hésite pas à placer adroitement quelques bouleaux aux troncs argentins et aux branches tombantes pour alléger les formes et les couleurs dominantes. S'il a, dans sa jeunesse, été influencé par De Vadder dans le choix des sujets et des types de composition, il a donné au paysage brabançon une ampleur et un dynamisme neufs qui justifient que les siècles suivants aient reconnu en lui le chef de file du paysage décoratif bruxellois. A sa suite, on peut citer L. Achtschellinck, G. van Schoor, I. van der Stock ou F. Coppens. Vu l'importance de sa production, Jacques d'Arthois fut l'un des seuls paysagistes bruxellois du XVIIe siècle à être encore connus aux siècles suivants, aussi les attributions qui lui ont été faites sont nombreuses et pas toujours judicieuses.
Rédacteur
- Kervyn de Meerendr
Collections
- Cathédrale Saints-Michel et Gudule (Bruxelles)
- Musée de la Ville de Bruxelles (Bruxelles)
- Mus. Fabre (Montpellier)
- Residenzgalerie (Salzbourg)
- Gemäldegalerie der Akademie der Bildenden Künste (Vienne)
- Kunsthist. Mus. (Vienne)
- Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles)
- Museo Nacional del Prado (Madrid)
Bibliographie
- Le paysage brabançon au XVIIe siècle. De Brueghel le Jeune à d'Arthois, cat. exp. M.R.B.A.B., Bruxelles, 1976, pp. 13-14, 21.
- Y. Thiéry, M. Kervyn de Meerendré, Les peintres flamands de paysage au XVIIe siècle, II, Bruxelles, 1987, pp. 125-144.