Peintre de femmes, d'intérieurs, de scènes de genre, portraits et marines. Ce frère du peintre J. Stevens a été formé par F.J. Navez à l'académie des beaux-arts de Bruxelles. Inscrit dans cette école de 1834 à 1841, il y suivra les cours de J. Paelinck et J.B. Van Eycken. Après de brillantes études à l'académie, il complète sa formation auprès de Roqueplan à Paris où il fréquentera, jusqu'en 1849, l'école des beaux-arts. Membre de la Société libre des Beaux-Arts et de la Société nationale des beaux-arts. Exposera à de nombreuses reprises aux salons de Bruxelles (dès 1851) et de Paris, ainsi qu'aux expositions internationales. Obtiendra la première médaille à l'Exposition universelle de 1867. Exposition rétrospective de son œuvre à la maison d'art (Bruxelles, 1895) et exposition de ses œuvres organisée par Robert de Montesquiou (Paris, 1900). Rétrospective au musée de Bruxelles, peu après sa mort, en 1906. Marqué par la peinture d'histoire, Stevens choisit en début de carrière des thèmes historiques et sociaux. Exposant pour la première fois au salon de Bruxelles de 1851, son envoi s'intitulait : "Des bourgeois et des manants trouvent au point du jour, le corps d'un seigneur de la cour, assassiné par les Guisards;" le sujet était tiré des "Chroniques du règne de Charles IX" de Mérimée. En 1853, il présente cette toile au salon de Paris, ainsi que "Masques à l'aube du Mercredi des Cendres" et le "Découragement de l'artiste". Ces sujets attestent une influence romantique (A. Stevens admirait tout particulièrement E. Delacroix), mais aussi un intérêt pour une forme de réalisme. L'artiste sera ensuite intimement lié au mouvement réaliste belge et sera membre fondateur de la Société libre des Beaux-Arts à Bruxelles. Les membres de ce groupe célébreront en lui, le représentant de la modernité de l'époque. En 1852, Stevens se fixe à Paris où il s'attachera à représenter la parisienne de la haute société. En 1855, son envoi à l'Exposition universelle attire l'attention de Napoléon III. La protection impériale lui permet d'être un familier de la cour aux Tuileries et à Compiègne. A Paris, il se lie d'amitié avec E. Delacroix et A. Dumas fils (ses témoins lors de son mariage avec Marie Blanc). Son atelier est fréquenté par Baudelaire et Flaubert. Par la suite, il connaîtra certains impressionnistes, dont E. Manet et B. Morisot. Stevens proposera même à Manet d'exposer certaines de ses toiles dans son atelier afin de les faire connaître aux amateurs (Durand-Ruel achètera ses premiers Manet grâce à Stevens). A. Stevens rencontrera les Goncourt et partagera certains de leurs intérêts esthétiques. Ainsi certaines de ses œuvres traduisent-elles un intérêt pour le japonisme "(Le masque japonais)". Sa fascination pour l'exotisme et son sens des matières le portent à traduire la somptuosité des laques orientaux "(La Dame en rose", 1866) et les bibelots asiatiques "(L'Inde à Paris", 1867). Malgré son "exil" à Paris, Stevens n'est pas pour autant oublié en Belgique. En 1866, "La Dame en rose" est acquise par le Musée de Bruxelles et le roi fait l'acquisition d'une œuvre "(La Visite)" pour sa collection. Cette époque marque en quelque sorte l'apogée de la carrière de Stevens. Bientôt le Second Empire s'effondrera et la montée de l'impressionnisme proposera d'autres expressions artistiques. A partir de 1880, Stevens, pressé par les demandes, va produire de nombreuses marines et certaines de ses œuvres sont d'un bonheur inégal. A l'occasion de l'Exposition universelle de 1889, sa remarquable virtuosité technique trouvera son expression dans le "Panorama du Siècle" (réalisé avec Gervex). Son métier remarquable, son sens du dessin et la qualité de sa facture ont contribué à sa réputation. Montrant un intérêt particulier pour la lumière, faisant preuve d'une sensibilité de coloriste, tout en demeurant réaliste, il joue avec les harmonies subtiles et les valeurs. C'est avec volupté qu'il rend les soies, les étoffes et les laques. Dans son essai "Impressions sur la peinture" (1886), il insiste sur les sensations physiques que peuvent faire naître les matières. En revanche, il porte moins d'attention à l'aspect charnel de ses modèles. On ne connaît de lui qu'un seul nu : le "Bain" (présenté à l'Exposition universelle de 1867). Il excelle à traduire l'atmosphère feutrée des boudoirs et certains critiques ont vu dans son œuvre une chronique de la vie mondaine sous le Second Empire. A côté de toiles aux qualités étonnantes : "La dame en rose, Fleurs d'automne" et une "Salomé" aux somptueuses matières (M.R.B.A.B., Bruxelles), les sollicitations du succès pousseront parfois ce peintre à une trop abondante production.
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